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Hôpital : l’urgence d’une vraie direction

Par Ann Bouard
28 Mai 2026

Nous avons fait écho des initiatives de certains médecins qui constituent de réelles avancées pour la santé publique‭, ‬mais l’hôpital souffre toujours d’un manque de gouvernance‭. ‬Entre une direction par intérim depuis plusieurs années‭, ‬sanctions annulées par la justice et tensions‭ ‬dans les services‭, ‬le Centre hospitalier Louis Constant Fleming traverse une nouvelle zone de turbulences administratives et judiciaires‭. ‬Dans un établissement déjà fragilisé‭, ‬plusieurs dossiers sensibles restent en suspens‭.‬

D’un côté, les soignants et le personnel hospitalier, souvent livrés à eux-mêmes, tentent de maintenir le service public à flot malgré l’épuisement et le manque de moyens. De l’autre, une administration régulièrement critiquée pour son fonctionnement et les dérives de certains qui grèvent le budget. Beaucoup dénoncent aujourd’hui une absence de gouvernance depuis plusieurs années, avec des conséquences directes sur l’organisation des services. Les arrêts maladie se multiplient : lassitude, surcharge de travail ou burn-out. Dans plusieurs services, les agents disent fonctionner « sous perfusion». Chaque unité semble désormais confrontée à ses propres difficultés, tandis que l’hôpital continue de naviguer à vue, sans direction stable.

Un directeur par intérim absent

Arrivé à l’hôpital en juin 2025 en tant que directeur financier, Bruno Carrière devait faire valoir ses droits à la retraite à dater du 18 mai 2026. En raison du départ précipité du directeur en poste, il a été nommé par l’ARS directeur par intérim jusqu’au 18 septembre. Cependant, en raison de son déplacement à Paris pour le salon Santexpo le 19 mai (financé par l’hôpital) et la prise de ses congés, il ne sera de retour sur le territoire que le 7 juillet prochain. Il a cependant indiqué pouvoir assurer la gestion de cette direction par intérim à distance, ce qui ne convainc pas le personnel sur place.

Décision suspendue pour Sébastien Galleyn

Quant à Sébastien Galleyn nommé directeur en novembre 2025, il avait été révoqué par arrêté en date du 4 mars par le Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) pour avoir tenu « des propos à caractère discriminatoire » sur un réseau social constituant selon l’administration « un manquement grave aux principes d’impartialité et de neutralité qui s’imposent à un fonctionnaire ». Saisi en référé, le tribunal administratif a suspendu cette sanction, considérant que sa légalité méritait un examen plus approfondi car la révocation pouvait être “ disproportionnée” au regard de son parcours professionnel.

Le tribunal devra se prononcer sur le fond de l’affaire dans les prochains mois, mais la suspension de la sanction lui permet de retrouver provisoirement ses fonctions et ses revenus. Malgré tout, il est peu probable qu’il réintègre le centre hospitalier de Saint-Martin, la procédure de recrutement  d’un nouveau directeur étant toujours en cours. Sur la douzaine de postulants, le CNG a retenu cinq candidats qui vont être entendus par l’hôpital, la Collectivité et l’ARS. Cette dernière aura le dernier mot quant au choix final, les deux autres instances ayant un avis consultatif uniquement ; la Collectivité doit rendre son avis avec le 25 juin.

Réintégration du docteur Tchero

Autre sujet épineux, celui du Docteur Tchero où, là aussi, la justice a fait marche arrière. En février dernier, le tribunal administratif avait suspendu l’arrêté ministériel du 24 novembre 2025 qui lui interdisait d’exercer la médecine en France. Le ministère n’a pas fait appel de la décision, contrairement au conseil départemental de l’ordre des médecins, sans cependant motiver cette décision selon le conseil du médecin, Maître Mathurin. L’enquête pénale ouverte par le parquet de Basse-Terre pour « faux et usage de faux » est cependant toujours en cours et le tribunal devra encore se prononcer sur le fond dans les prochains mois afin de déterminer si la radiation était légale ou non. Dans l’attente, le médecin est en droit d’exercer et peut demander sa réintégration à l’hôpital, ce qu’il a fait en toute discrétion ce mois-ci. L’hôpital n’a pas communiqué sur son retour. Son avocate, lors d’une interview SOS Radio mercredi indiquait être confiante quant à l’issue des prochaines batailles judiciaires, son client ayant été jugé compétent par ses pairs. Le docteur Tchero s’est lui aussi exprimé, par téléphone sur les ondes de la radio, confirmant avoir repris son activité auprès des patients à l’hôpital depuis le 18 mai.                                                                                             

Ann Bouard