SOCIETE

Micro tendu aux socio-professionnels saint-martinois

Micro tendu aux socio-professionnels saint-martinois

21 octobre 2022
Lundi, le ministre délégué Jean-François Carenco s’est prêté au jeu des questions-réponses face aux représentants des principaux secteurs économiques du territoire. L’exercice n’était pas facile en cette fin de journée chargée, mais le but n’était pas d’apporter des réponses systématiques mais de prendre connaissance d’une part des difficultés auxquelles font face les entreprises et d’autre part de leurs attentes en matière d’accompagnement.
Après avoir rencontré le personnel de la CCISM en charge de certains dispositifs d’accompagnement des entreprises (Care, formations…), le ministre en présence du Préfet et du Président de la Collectivité, s’est retrouvé face aux représentants du BTP, des commerçants, des hôteliers, de l’agriculture, du nautisme et de bon nombres de socio-professionnels venus assister aux échanges.
Une étape économique et décisive dans le programme du ministre délégué comme l’a indiqué la Présidente de la CCISM, Angèle Dormoy, dans son discours de bienvenue, qui a également tenu à rappeler la résilience et la détermination dont les entreprises saint-martinoises font preuve face aux crises que l’île a connues ou connaît encore avec désormais la problématique du pouvoir d’achat.
Marchés publics, formation, soutiens à l’investissement, aides sociales, adaptation des normes européennes, transport aérien et maritime, agriculture, assurance, les sujets à aborder étaient nombreux.

Le BTP : formations et marchés publics

Si le BTP reconnait avoir des faiblesses, il n’en demeure pas moins que ses demandes sont relativement simples. Suite à la déstructuration subie après Irma avec l’arrivée de groupes extérieurs, le secteur du BTP demande à ce que la politique des marchés publics soit revue afin que les entreprises locales puissent répondre aux appels d’offre et que les programmes soient définis en prenant en compte la structure environnementale et économique. Autre demande, l’intégration d’une clause favorisant l’emploi local, un point cependant lié à la formation, un autre sujet sur lequel l’État pourrait accentuer son soutien. Sur l’allotissement des marchés publics la CCISM a annoncé proposer des sessions pour former les chefs d’entreprise à répondre aux marchés publics.
Pour le ministre, les entreprises doivent avoir une prise de conscience commune mais admet qu’il faut effectivement prévoir ces clauses d’insertion qu’il souhaite que chaque commanditaire de marchés ait en tête. Un travail de réflexion a déjà été mené en concertation avec Louis Mussington la semaine dernière, notamment sur la création de l’observatoire de la commande publique. Le ministre est conscient de l’urgente nécessité de créer cette structure. Le fait de faire travailler les entreprises locales est un point important pour lui car cela limite le désœuvrement des jeunes et fait tourner l’ensemble de l’économie locale

Défiscalisation et continuité territoriale

Michel Vogel, président de la Fipcom et président du conseil des Prud’hommes, a interpellé le ministre sur plusieurs points : les propositions d’amendement émanant de Saint-Martin systématiquement retoquées, la rénovation hôtelière, les dettes sociales et la continuité territoriale. Cette dernière ne fonctionne que dans un sens, les tarifs augmentent, les rotations se réduisent … ce qui impacte les professionnels de l’île ou des services comme la justice. Enfin, il a demandé à ce que l’article 5 de la loi de finance 2022 sur les pourboires soit clarifié.
La continuité territoriale est un vrai sujet pour le ministre qui se dit d’ores et déjà favorable à envisager des changement pour les évacuations sanitaires (EVASAN), sur lesquels ses équipes travaillent déjà. Cependant demeure le problème de l’allongement de la piste de l’aéroport de Grand Case. Avec la disparition de Corsair, et bientôt Air Caraïbes qui dans deux ans n’ira pas mieux qu’actuellement, il s’agit de trouver des fonds. Il faudrait 150 millions supplémentaires (250 millions ont déjà été alloués à deux reprises), mais le ministre est confiant et pense pouvoir y arriver : « j’entends bien que cette continuité territoriale, intérieure et extérieure, est fondamentale tant sur le plan sanitaire que touristique ».

Nautisme : se battre sur les normes

Il y a autant de travail dans le secteur nautique que dans celui du BTP, mais les chantiers s’effectuent dans de mauvaises conditions et sans le professionnalisme que seraient en droit d’attendre les plaisanciers a indiqué Bülent Gülay, président du Club nautique de Saint-Martin . A cela s’ajoute le problème des normes françaises : un même bateau peut transporter 28 personnes dans les eaux françaises mais 100 en partie néerlandaise. Le ministre a convenu qu’il fallait se battre sur ces normes engendrant une concurrence déloyale.

Agriculture et pêche : la volonté de les inclure dans la feuille de route économique

Pour Emmanuel Gimenez (Golden Grove Farm) le modèle français n’est pas photocopiable sur un territoire qui a hérité de la seule frontière Schengen non contrôlée. Il demande le soutien des pouvoirs publics locaux pour accompagner en termes de contrôle, restructurer et assainir afin de faire de l’agriculture une force du tourisme.
Pour le ministre, si le tourisme fonctionne bien, « la pêche et l’agriculture sont deux sujets, où l’on est moyens ». Sa volonté est de traçer les grands axes de l’agriculture et de la pêche et de les mettre en préambule des contrats de plan afin qu’ils figurent dans la feuille de route du développement économique.

Commerce : un HUB pour résoudre les problèmes logistiques ?

Yann le Cam, représentant l’association des commerçant, a souligné les problèmes de logistique pour le fret avec entre autres, l’annulation de l’escale Saint-Martin pour certains navires de marchandises : dix fois en 2021, et déjà six annulations cette année. Les commerçants ne reçoivent pas leurs marchandises dans les temps ce qui met à mal leur trésorerie, sans compter pour les commerces alimentaires des dates de préemptions dépassées. Un problème repris par
Fabrice Passerat (Cadisco) qui indique que sur les produits frais, 20% à 30% des chargements ne pourront se faire sur la fin de l’année en raison de l’arrêt d’Air Caraïbes sur Juliana et de la réduction des vols Air France.
S’il avait conscience de la problématique des coûts, le ministre n’avait cependant pas en tête ces problèmes d’approvisionnement, un sujet qu’il découvre à Saint-Martin. Il convient que des actions sont à mener avec les transporteurs sur les tarifs et plus particulièrement sur les containers de produits frais, car de première nécessité.
Concernant le ravitaillement par voie maritime, il envisage parmi les solutions de transformer les ports de Fort de France et de Pointe à Pitre en HUB pour desservir la Caraïbe, ce qui pourrait être une solution pour Saint-Martin. Solution qui nécessite cependant un investissement de 250 millions d’euros pour chacun des ports (les deux seuls où les infrastructures ne sont pas privées). Pour le transport aérien les négociations avec Air France ont déjà coûté 450 millions rappelle le ministre qui doit cependant rencontrer le directeur d’Air France dès la semaine prochaine
Dans les autres sujets évoqués, le départ de plusieurs banques du territoire, le manque de réponse aux demandes de micro-financement, les assurances, l’absence de statistiques (le PIB de Saint-Martin pris pour référence date de 2014), etc. Une cartographie des assurances différenciée a été demandée par le Ministre à la Fédération des Assureurs d’une part et à la BPI d’autre part sur leurs champs d’intervention.

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