SOCIETE

La vie chère, on en parle  aussi à Saint-Martin… Oui mais…

La vie chère, on en parle aussi à Saint-Martin… Oui mais…

23 septembre 2022
La loi portant mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d’achat des français a été promulguée le 16 août dernier. Entre revalorisation des retraites et de plusieurs allocations avec effet rétroactif au 1er juillet, hausse des loyers plafonnée pendant un an, primes salariales, dispositifs de sécurité énergétique, bouclier qualité prix (BQP)... certaines des mesures de la loi pour le pouvoir d'achat visant à limiter l'impact de l'inflation sur le budget des ménages, ne sont pas applicables à Saint-Martin. Ce territoire, régit en Collectivité d’Outre-mer par l’article 74 de la Constitution, détient des compétences qui lui sont propres, notamment l’énergie, le logement et la fiscalité.
A Saint-Martin, ce qui rend la vie chère, pesant lourdement sur le revenu des ménages, ce sont la quasi-totalité des produits consommés qui sont importés, les prix des loyers qui deviennent à la limite de l’acceptable eu égard aux salaires moyens, le prix de l’aérien, seule alternative possible pour voyager au-delà des Caraïbes et depuis plusieurs mois maintenant, le prix du carburant qui a fait des envolées. Et ce sont des préoccupations qui pour certaines, localement, ne sont pas nouvelles.
Cependant, face à l’inflation galopante et la hausse des prix généralisée impactant considérablement le pouvoir d’achat des ménages, le gouvernement a décidé de s’attaquer au problème. Alors puisque c’est l’actuel sujet prégnant dans l’Hexagone, on en parle ici aussi. Mercredi, le préfet Vincent Berton convoquait une conférence de presse, accompagné de Ludovic De Gaillande, directeur de la DEETS de Guadeloupe (Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) et de Christian Balin, responsable de l’unité territoriale. Outre le Bouclier Qualité Prix (BQP) signé avec deux enseignes (Super U et Petit Casino) qui devrait être élargi à une BQP+ comprenant d’autres enseignes, le préfet a évoqué l’effort consenti par la compagnie d’affrètement maritime CMA-CGM, qui assure plus de 75% du fret maritime pour le nord de l’île, de réduire le coût de 750€ d’un container de 40 pieds depuis le 1er août dernier et jusqu’au 1er août prochain. « Cette réduction représente environ 25% du prix de fret. Nous allons nous assurer que cette baisse des coûts soit répercutée sur le prix de vente final de produits », assure le préfet Berton qui indique avoir prochainement une réunion avec les différents transitaires, transporteurs et distributeurs locaux.
 
Des réunions en perspective pour le préfet
 
A la suite, Vincent Berton listait les mesures émanant de la loi qui allaient aussi profiter aux saint-martinois : la revalorisation de 3.5% du point d’indice des fonctionnaires d’Etat et territoriaux, l’augmentation de 4% des aides au logement, l’augmentation de 3.5% du RSA, la baisse des cotisations sociales des employeurs et des indépendants, la prime exceptionnelle de rentrée scolaire attribuée à 4500 familles saint-martinoises bénéficiaires de la CAF (100€ par famille + 50€ par enfant), etc.
 
Toujours des incompréhensions sur le prix du carburant
 
Pour autant, les sujets prégnants pour Saint-Martin, ceux qui pèsent véritablement et considérablement dans la bourse des ménages, comme le prix des loyers, le prix du carburant ou encore celui de l’aérien ont été renvoyés à des réunions prochaines qui devraient avoir lieu avec les opérateurs compétents. S’agissant du prix du carburant et sa hausse, l’incompréhension persiste du fait d’un approvisionnement et d’un système qui échappent à la France. En effet, le carburant consommé à Saint-Martin provient des Etats-Unis, en l’occurrence du Texas et est raffiné à Porto-Rico pour ensuite être acheminé vers notre territoire, à la différence des territoires de la Guadeloupe ou encore de Saint-Barthélemy qui importent leur carburant raffiné depuis la société de raffinement la SARA située en Martinique. A Saint-Martin, comme ailleurs, le prix du carburant est négocié en dollar et est tributaire du prix du baril. Ce dernier qui avait atteint des sommets, frôlant les 130 $ le baril en mai dernier, faisant atteindre des prix à la pompe de l‘ordre de 1.60€ le litre de sans-plomb à la pompe, est revenu à des niveaux plus acceptables, aux alentours de 90$ le baril. Rappelons ici que la parité euro/dollar impacte peu nos systèmes qui ont l’habitude de flirter et commercer avec ces deux devises et que par ailleurs la taxe sur le carburant est ici fixe, de l’ordre de 13 cents d’euros par litre, contrairement à la France intra-muros où le prix d'un litre de carburant, essence ou diesel, contient environ 60 % de taxes. Alors pourquoi observer encore si peu de différence avec le prix du carburant vendu à la pompe dans les stations-services de l’Hexagone ? Sur le territoire, le prix moyen du prix du sans-plomb était ces derniers jours de l’ordre de 1.40€/litre et le diesel de 1.54€/ litre, alors qu’en France métropolitaine le prix du sans-plomb revenait à des valeurs inférieures à 1.50€/litre et celui du diesel d’environ 1.65€/litre. A rappeler que dans sa loi sur la vie chère, le gouvernement a accordé une réduction de 25 centimes d’euro par litre pour les mois de septembre et octobre, faisant réduire d’autant le prix à payer par les usagers des routes de France. Une réduction dont Saint-Martin ne bénéficie pas, puisque la Collectivité détient la compétence Energie ainsi que la compétence Fiscalité. Donc pourquoi, Saint-Martin qui a toujours bénéficié de prix du carburant plus avantageux que dans l’Hexagone, se retrouve aujourd’hui à des niveaux similaires ? A cette question, le préfet Berton a assuré avoir prochainement une rencontre avec les importateurs et distributeurs de carburant pour en connaître les raisons.
 
Et le prix des loyers ?
 
Idem, s’agissant du prix prohibitif des loyers ici à Saint-Martin. La mesure de la loi prévoyant un plafonnement des loyers pendant une période d’une année, ne s’applique pas à Saint-Martin, la Collectivité détenant la compétence du logement. Sur ce sujet, le préfet Vincent Berton a indiqué que cette préoccupation faisait partie de ses priorités et qu’il entendait s’entretenir avec la Collectivité pour que des dispositifs soient mis en place et d’autres part mettre en œuvre des leviers afin d’augmenter l’offre des logements sociaux, dont les besoins sont criants sur le territoire.
 
Continuité territoriale : une demande qui doit émaner de la Collectivité
 
Enfin, concernant le prix de l’aérien, qui atteint là-aussi des niveaux exorbitants, le préfet a également indiqué sa volonté de rencontrer les différentes compagnies aériennes qui opèrent sur la partie française afin de négocier des consensus plus acceptables pour les usagers. Quant à la continuité territoriale qui serait nécessaire, voire vitale pour assurer l’accès aux services publics présents en Guadeloupe et pas à Saint-Martin, comme l’accès à certains soins et à la santé, le droit à la justice ou encore à un accès à une formation exhaustive professionnelle ou universitaire, Vincent Berton a indiqué que pour une telle délégation de service public, la demande devait être formulée par la Collectivité de Saint-Martin. Et le préfet de conclure : « Ne pensez pas que je botte en touche sur ces sujets, mais l’Etat est présent aux côtés de la Collectivité pour l’accompagner dans le déploiement de ses compétences, et nous respectons les prérogatives qui lui sont dévolues ».
En conclusion, donc c’est bien un « oui mais » pour Saint-Martin quant au soulagement apporté par cette nouvelle loi au porte-monnaie des ménages saint-martinois. Toutefois, et à ce stade, rappelons aussi que la Collectivité détient la compétence fiscale et que les impôts sur le revenu pour les résidents fiscaux jouissent d’un abattement de 40%... contrairement aux résidents fiscaux de l’Hexagone…
 

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