SOCIETE

L’abattoir : clé de voute du développement de la filière agricole

L’abattoir : clé de voute du développement de la filière agricole

03 septembre 2021
Achevé en 2009, opérationnel en 2015, détruit en 2017 … l’abattoir de Saint-Martin est un outil indispensable pour les agriculteurs et l'avenir de la filière viande locale qui peine à voir véritablement le jour. Repris en gestion par la Collectivité depuis le début de l’année, il connait actuellement une première phase de travaux et devrait, dans en second temps être amélioré.
En créant en février un Établissement Public de Gestion et d’Exploitation, la Collectivité de Saint-Martin a décidé de reprendre la main sur la gestion de l’abattoir afin de réhabiliter cet outil avant tout sanitaire et non pas économique (peu d’abattoirs de par le monde sont rentables). La Sicasmart (qui regroupe une partie des agriculteurs de l’île) s’était d’ailleurs inquiétée de cette situation et avait mené une étude de marché et rédigé un business plan pour, d’une part le maintien de l’activité et, pour d’autre part, son développement avec notamment une extension destinée à accueillir un atelier de découpe et un module d’abattage pour les volailles. L'objectif étant de pouvoir augmenter l’activité afin de mieux rentabiliser l’abattoir et permettre aux agriculteurs de commercialiser leurs productions dans les supermarchés et restaurants de l’île.
 
Une filière marginalisée
 
Fondée autrefois sur l’exploitation des marais salants et sur la culture du tabac, puis sur celle du coton et de la canne à sucre, l’économie de Saint-Martin est aujourd’hui essentiellement tertiaire et s’appuie sur le tourisme. L’agriculture, l’élevage et la pêche ne constituent plus que des activités marginales et représentent un volume restreint tant en termes de productions et d’emplois, que d’occupation du territoire. 45 exploitations étaient dénombrées sur le territoire au recensement agricole de 2010* dont 90% dédiées à l’élevage bovins. Selon l’INSEE, le secteur ne représentait que 0,3% de l’emploi en 2016 et avait encore diminué en 2018 d’après les données de la Caisse générale de la sécurité sociale. Les terres agricoles représentaient 305,95 ha de surface, soit 6% du territoire.
Les derniers chiffres disponibles font état de moins de 400 bêtes allaitantes dans douze exploitations pour 48 abattages en 2018 et 423 têtes dans dix exploitations avec 59 abattages en 2019 … un nombre en chute libre depuis, avec en moyenne un abattage par semaine avant le début des travaux. Actuellement, ils ne peuvent avoir lieu que par intermittence en se calant sur les créneaux possibles dans le calendrier du chantier. Un casse-tête car il faut tenir compte du respect des règles d’hygiènes et sanitaires à toutes les étapes.
 
Dichotomie entre projets et réalités
 
L’activité agricole, peu développée et peu structurée à l’exception de la filière bovine, doit être professionnalisée notamment avec l’immatriculation du cheptel, puisque seuls les animaux identifiés peuvent être menés à l’abattoir (pour des raisons de traçabilité entre autres). Mais d’un autre côté, pour professionnaliser il faut un outil qui prenne en compte toute la production, dont les volailles.
D’autres données rentrent en ligne de compte comme les terrains dédiés à l’agriculture. Comment expliquer qu’un éleveur ne puisse pas déclasser un terrain « urbanisable » en terre agricole pour développer sa production ? Ou encore la libre disposition du foncier ; en clair, toutes les éleveurs ne disposent pas des titres de propriétés, d’autres font face à des problèmes de succession, d’indivision, etc et c’est là l’un des problèmes majeurs sur le territoire qui ralentit tout projet et pose également la question de l’attribution des aides de l’État.
En effet, dans le cadre du programme 2014-2020, ils pouvaient bénéficier d’aides via les fonds Feader (fonds européens agricoles pour le développement rural). Une enveloppe dédiée de 3 millions d’euros a été accordée à Saint-Martin dans le cadre du Groupe d’Action Locale. Manque de projets, lenteurs administratives, dossiers mal ficelés, à priori ces fonds n’ont pas été utilisés par la Collectivité et seront perdus si rien n’est dépensé, car comme l’alimentaire il y a une date de péremption !
Force donc est de constater que la valorisation des métiers de la pêche (on reviendra ultérieurement sur le problème du quai de déchargement, autre arlésienne) et de l’agriculture est souvent oubliée. Or, ces activités permettent une consommation plus respectueuse de l’environnement, car locale, et le développement d’un secteur d’activité qui pourrait être tout à fait complémentaire à l’aspect touristique.
 
Quels enjeux ?
 
Pour la filière bovine l’abattoir constitue non seulement un outil technique mais également un moyen de valoriser la production. Ce sont les bouchers de l’île qui assurent actuellement la découpe de la viande avant de la commercialiser. Une part importante de la valeur ajoutée de la production ne revient donc pas aux éleveurs. En 2019, avec 19 abattages de porcs et 59 de bovins, pour un total de 12,3 tonnes sur un peu moins de cinquante jours, le volume était trop faible pour rentabiliser l’outil. La Collectivité accordait une subvention de l’ordre de 70 000 € à 130 00 € selon les années, mais là encore insuffisante. Seules l'augmentation des volumes d’une part et la valorisation de la production permettraient d’en faire un outil performant et adapté aux besoins des éleveurs locaux.
 
1,5 millions de travaux
 
Lors du dernier Comité d'orientation pour l'agriculture de Saint-Martin, un calendrier des travaux a été présenté. Les travaux ont débuté et la toiture endommagée lors du passage d’Irma a été réparée. Reste maintenant à attaquer la rénovation de l’intérieur du bâtiment, entreprendre les remises aux normes nécessaires avec l’approbation des services vétérinaires (démarches en cours). Dans un second temps, sera effectivement créé un atelier de découpe et un module pour l’abattage des volailles. Le marché sera lancé en septembre. Quant à la date de fin de chantier, elle n’est toujours pas déterminée. Ces travaux représentent un investissement de 1,5 million d’euros, financé majoritairement par les fonds Feader. Le projet peut être éligible à un financement complémentaire dans le cadre du plan de relance, à hauteur de 500000 €, pour la partie développement et diversification. La Collectivité assure l’avance des fonds pour le moment. Il faudra donc patienter encore un peu pour consommer plus largement la viande produite sur l’île. Pour les poulets, on peut toujours les acheter dans les fermes qui en produisent car autorisées à les abattre sur place (dans une limite de 500 poulets par semaine).
* le recensement agricole a lieu tous les dix ans. Les chiffres de celui réalisé début 2021 n’ont pas encore été communiqués.

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