SOCIETE

CONFÉRENCE DES PRÉSIDENTS DES RUP

CONFÉRENCE DES PRÉSIDENTS DES RUP

10 février 2020
La 17ème conférence des Présidents des Régions Ultra Périphériques (RUP), après deux jours de rencontres et de conférences, s’est conclue vendredi dernier par la passation de présidence entre Saint-Martin et Mayotte. Un moment fort, tant les similitudes entre les deux territoires sont nombreuses.
 
C'est désormais officiel, Mayotte va présider pour l'année à venir la Conférence des Présidents des Régions Ultra Périphériques (CPRUP)... et cette fonction n’est pas de tout repos. En effet Daniel Gibbs, au bout de ces quinze mois de mandat, confie que «cette présidence fut, un singulier et exaltant défi » d’autant que la mission lui a été confiée en octobre 2017, un mois et demi après le passage d’Irma avec une question « comment assumer, une telle présidence, lorsque votre territoire est dévasté, comme rayé de la carte ? ».
Le défi a pu être relevé car les neuf RUP européennes forment une union, épaulées par un comité de suivi. C’est ce système qui permet aux territoires ultrapériphériques de défendre leurs intérêts auprès de l’Europe. Une mission menée à bien par Daniel Gibbs et saluée par l’ensemble de ses homologues présents à la conférence.
 
Une transmission dans la continuité
 
«Cette présidence marque un moment historique pour Mayotte », a commenté Daniel Gibbs qui s'est dit "ému". «Vous nous mettez la pression… une pression amicale !», a rétorqué Mohamed Sidi, sixième vice-président du conseil départemental de Mayotte. C’est donc avec beaucoup d’émotions, mais également avec humour, que la plus petite des RUP, Saint-Martin, cédait la présidence à la dernière arrivée, Mayotte qui a rejoint les RUP en 2014.
Saint-Martin s’est inscrit dans la continuité des autres présidences et Mayotte entend bien faire de même. L’objectif de 2020 sera donc de «faire de cette présidence un levier partagé pour le développement de ces régions à fortes potentialités, dans un souci de respect des identités régionales », a affirmé Mohamed Sidi.
 
Deux îles sœurs
 
Tout l’intérêt de ces conférences réside également dans le fait qu’elles permettent aux élus de découvrir les autres régions et ainsi de mieux porter les enjeux de leurs territoires a souligné Mohammed Sidi, qui découvrait Saint-Martin pour la première fois. Mais pas dépaysé pour autant, le mahorais a trouvé dès le survol de l’île bien des similitudes. Les mêmes embruns, les mêmes odeurs, et au-delà des préoccupations identiques qu’il a pu constater lors des visites de terrain, notamment au Lycée de Marigot, où les sections BTS ou médico-sociales, figurent dans les mêmes priorités que dans les établissements de Mayotte. Le tourisme, dont toute l’économie dépend, est un autre point commun. Sur le sujet de l’immigration là encore les deux îles se rejoignent.
Ce sont deux territoires potentiellement riches mais entourés, sur leur bassin respectif, de pauvreté et impacté de migrations dans les deux sens : celle des migrants qui veulent bénéficier des infrastructures de santé ou du système scolaire, celle des jeunes qui partent faute de formation ou de perspectives professionnelles. Mayotte compte 300 000 habitants sur 374 km2 (35 740 sur 53,2 km2 pour Saint-Martin) mais devrait franchir la barre des 400 000 habitants à l’horizon 2030.
La date de la quinzième conférence, a été annoncée lors de la diffusion d’une vidéo à l’issue de la session Saint-Martinoise, par le président Soibahadine Ibrahim Ramadani : elle se tiendra à Mayotte les 26 et 27 novembre 2020. D'ici là un calendrier de travail et de rendez-vous européens ont d’ores et déjà été établis afin de défendre ces territoires du bout du monde.
 
La Conférence des RUP : à quoi ça sert ?
Cet organe de coopération politique et technique, composée des Présidents de chaque RUP, permet d’adopter des positions communes dans le cadre de l’Union Européenne et de développer des actions afin que des réponses adéquates soient apportées aux problèmes spécifiques de ces territoires. Concrètement et en langage non-politique, cela permet :
- de s’assurer que malgré leur éloignement géographique ces territoires bénéficient des mêmes politiques et avantages que les pays dont elles dépendent,
- qu’elles puissent bénéficier d’un soutien financier, dans le cadre de budget dédiés, pour pallier les retards et les difficultés engendrés par leur insularité ou en cas de catastrophe naturelle comme ce fut le cas pour Saint-Martin après Irma,
- coordonner, en partenariat avec la Commission européenne, des actions en faveur de l’atténuation des effets du changement climatique dans le cadre du programme LIFE (entre autres),
- et cette année, la prise en compte de la situation spécifique des RUP pour que les nouveaux budgets définis ne soient pas revus à la baisse. Exemple : le taux de financement historique de 85% risque de passer à 70% ce qui sous-entend que les collectivités auraient donc 30% des projets à financer sur leur budget, et certains ne le peuvent pas.
On le comprend donc, individuellement ces territoires n’ont que peu de poids dans les politiques européennes. Mais en se regroupant et en faisant valoir leurs spécificités d'une seule et même voix, ils parviennent à se faire entendre et à maintenir des ressources et des projets dont ils ne pourraient pas bénéficier seuls. Pour en savoir plus : www.cp-rup.com ou voir l’exposition itinérante sur l’accès aux fonds européens, actuellement à Saint-Martin (jusqu’au 25 février).

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