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L’abattoir : entre rumeurs, infos et intox

Par Ann Bouard
16 Octobre 2026

Il y a des réalisations qui peinent à être opérationnelles‭. ‬L’abattoir en fait partie‭. ‬En janvier‭, ‬nous faisions état des difficultés rencontrées‭. ‬Aujourd’hui‭, ‬toujours fermée‭, ‬la structure et ses employés pèsent sur le budget de la Collectivité‭, ‬et les allégations vont bon train‭. ‬Quelle est réellement la situation‮ ‬‭?‬

Pour rappel, fermé depuis fin 2023, l’abattoir devait ouvrir en avril, puis en juin 2025. Non-conformités sanitaires et travaux complémentaires avaient repoussé l’échéance à avril 2026. En décembre 2025, la Collectivité a accordé une subvention exceptionnelle de fonctionnement de 330 282 € à ELITE, établissement public gestionnaire de l’abattoir, pour équilibrer le budget 2025. La réhabilitation et la modernisation de l’équipement représentent par ailleurs 1,98 M€, financés par des fonds européens et à hauteur de 70 000€ par la Collectivité. En janvier 2026, la Collectivité a annoncé l’achèvement des travaux, mais pas d’agrément sanitaire… et les portes de l’abattoir sont restées closes. Elie Touzé, l’actuel directeur, a bien voulu éclaircir certains points administratifs.

Des dépenses qui interrogent 

La gestion financière de l’abattoir soulève plusieurs interrogations. En 2024, les salaires des deux techniciens de l’établissement ont coûté 110 000 €. De mars 2024 à février 2025, ils ont suivi une formation à l’École nationale supérieure des métiers de la viande, à Paris, d’un montant de 47 000 €, incluant hébergement et  restauration. Les nuitées n’ont pas été utilisées, les deux stagiaires ayant finalement opté pour l’hôtel et une facture supplémentaire de 26 200 €. D’autres dépenses interrogent également : plus de 7 000 € de frais de mission pour la présidente du conseil d’administration, Valérie Fonrose, 7 000 € pour un billet d’avion Paris-Amsterdam pour le directeur, la location d’un véhicule pour la présidente depuis mars 2024, etc. Quant au directeur, Élie Touzé, également chef de la direction croissance verte et économie bleue à la Collectivité, son temps d’affectation réel à l’EPIC n’a jamais été clairement précisé, malgré plusieurs demandes en Conseil territorial.
Sur le maintien à temps complet des techniciens, alors que lors du conseil d’administration de juin 2025, il avait été indiqué que l’abattoir ne fonctionnerait que 2 jours par semaine, en raison du faible nombre de bêtes à abattre, Élie Touzé affirme que l’établissement a bien entrepris des démarches auprès de la DEETS, service local de l’État compétent en matière de travail, pour bénéficier du chômage partiel, mais a essuyé un refus, le dispositif ne prévoyant pas cette situation particulière. L’EPIC a fait appel de cette décision.
Enfin, des honoraires ont été facturés en 2024 pour un accompagnement aux achats ainsi que pour l’élaboration d’un plan de développement stratégique et de communication… Sur ce point, le directeur indique que ces prestations relevaient de l’anticipation, personne n’imaginant alors que l’ouverture serait encore retardée. Il rappelle que, même à l’arrêt, la structure continue d’exister administrativement et doit préparer son développement. Le recours à des expertises extérieures serait par ailleurs prévu par le Code de la commande publique.
La circulation de documents relatifs aux finances de l’établissement soulève enfin une question de calendrier politique. Valérie Fonrose ayant pris ses distances avec la majorité en septembre dernier, pourquoi ces dépenses, pourtant antérieures, font-elles aujourd’hui l’objet de révélations ? Pourquoi les questions sur la gestion de l’abattoir n’ont-elles pas donné lieu à davantage d’explications publiques dès l’année dernière ?
Dans les faits, l’abattoir ne peut ouvrir en raison de défaillances techniques, alors que les tests effectués fin 2025 étaient concluants. Élie Touzé confirme que les plateformes, élément central de l’équipement, risquent de s’affaisser en raison de joints manquants. Ont-ils été retirés par un prestataire impayé (une facture de 100 000 € serait en errance à la Collectivité), comme le prétendent certains, ou se sont-ils détériorés à force d’inactivité ? Difficile de démêler le vrai du faux. Le directeur signale également une installation de gaz non conforme, indispensable à l’abattage des porcs.
La Collectivité, maître d’ouvrage, a pourtant été sollicitée pour faire jouer la garantie décennale et permettre les réparations nécessaires à l’obtention de l’agrément sanitaire. Selon Elie Touzé, Valérie Fonrose et le conseil d’administration d’ELITE ont multiplié les courriers d’alerte, les agriculteurs sont montés au créneau et le préfet a lui-même écrit à Louis Mussington. Malgré tout, toujours aucune perspective d’ouverture.
Une offre d’emploi avait également été publiée pour recruter un nouveau directeur à temps plein dès le 1er juillet 2026, pour « vacance du poste ». Élie Touzé précise qu’il s’agissait d’anticiper la fin de sa mise à disposition, prévue le 31 octobre, sa mission initiale étant d’accompagner l’ouverture de l’abattoir. Un candidat avait été sélectionné, mais le recrutement a été suspendu faute de vote du budget 2026 d’ELITE.
Au final, la Collectivité risque une perte sèche de 70 000 €, à laquelle s’ajouteraient 1,2 M€ de fonds européens à rembourser… En effet, si l’investissement matériel n’est pas fonctionnel, il y a un risque très élevé de remboursement de la subvention accordée.
En attendant, la Collectivité doit verser des primes aux éleveurs pour maintenir le cheptel sur pied… et là, c’est encore une autre problématique, à suivre ! Ce qui est certain, c’est que la souveraineté alimentaire, priorité de cette mandature, semble, elle aussi, être passée à la trappe.

Ann Bouard