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Criminalité et délinquance : un premier semestre contrasté à Saint-Martin

Par Ann Bouard
3 Août 2026

Les indicateurs de la délinquance sont globalement favorables à Saint-Barthélemy, malgré une hausse des infractions liées aux stupéfiants. À Saint-Martin, le bilan du premier semestre 2026 est plus contrasté. Si les résultats progressent dans la lutte contre le narcotrafic ou l’immigration clandestine, la recrudescence des vols à main armée reste une préoccupation majeure.

Le 31 juillet dernier, lors d’une conférence de presse, le préfet Cyrille Le Vély, accompagné de sa directrice de cabinet, Marie-Hildegarde Chauveau, entourés de la procureure de la République de Basse-Terre, Stéphanie Bazart, de la vice-rectrice Nicole Noilhetas et des représentants des forces de sécurité a fait le point sur la criminalité et la délinquance de ce premier semestre 2026. Dans l’ensemble, l’activité des forces de l’ordre demeure soutenue, avec des résultats jugés encourageants dans plusieurs domaines mais qui pêchent en matière de vols à main armée, une spécialité bien saint-martinoise.

Trafics de stupéfiants et d’êtres humains : des résultats en progression

La lutte contre le trafic de stupéfiants est une priorité nationale et locale. Trente-six contrôles de points de deal ont été menés au cours du premier semestre, contre 26 sur toute l’année 2025. Ces opérations ont pour objectif de réduire de manière drastique le nombre de points de vente identifiés sur le territoire. Au total, 309 infractions pour usage de stupéfiants ont été relevées, soit deux fois plus que l’année précédente.  Le nombre de trafics démantelés a, quant à lui, progressé de 57 % à Saint-Martin. Ces résultats reposent notamment sur une présence renforcée des gendarmes sur la voie publique. En six mois, 21 700 h de présence ont été comptabilisées, soit une augmentation de 4 %, dont un quart durant la nuit. Le bilan est également positif en matière de lutte contre l’immigration clandestine et le trafic d’êtres humains. Le taux d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF) atteint 64 %, contre une moyenne nationale de 10 %. Le nombre d’OQTF délivrées a augmenté de 36 %, tandis que les procédures engagées pour aide au séjour irrégulier ont été multipliées par trois.

Recrudescence des atteintes aux biens et aux personnes

Si un seul homicide a été recensé au cours du premier semestre, le 20 juin, contre six en 2025, les résultats sont en revanche moins favorables concernant les atteintes aux personnes et aux biens, en particulier les vols à main armée (VAMA), dont le nombre retrouve un niveau proche de celui de 2024. Plus largement, les atteintes volontaires à l’intégrité physique (+8 %) sont passées de 518 au premier semestre 2025 à 563 en 2026. Les atteintes aux biens atteignent quant à elles 753 faits, contre 667 en 2025. Les violences intrafamiliales progressent également de 1,4 %. Mais l’inquiétude première demeure sur les VAMA : 78 ont déjà été enregistrés, avec un pic sur la période de mars à mai. S’ils sont toujours commis majoritairement par des hommes de moins de trente ans issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville, le mode opératoire évolue. Alors qu’en 2025 la majorité des faits étaient commis de nuit, les braquages ont désormais lieu à toute heure, parfois en pleine journée, et dans l’ensemble des quartiers. En saison, ce sont les touristes les principales cibles et hors saison ce sont les commerces qui en font les frais. Pour le préfet, enrayer ce phénomène constitue l’un des principaux défis du second semestre.

Une réponse pénale plus ferme

La réponse pénale se veut ferme, avec des déferrements quasi systématiques. 44 comparutions immédiates ont été menées au premier semestre, contre 75 durant toute l’année 2025. L’activité judiciaire devrait être renforcée à compter du 1er septembre avec l’arrivée d’un magistrat et d’un juge d’instruction. Leur présence doit permettre un suivi plus étroit des enquêtes menées par les forces de sécurité. De son côté, la gendarmerie adapte régulièrement son dispositif afin de renforcer sa capacité de dissuasion et d’interpellation. Malgré tout, les enquêtes judiciaires peuvent toutefois être longues avant de permettre l’identification des auteurs. Depuis le début de l’année, 22 auteurs présumés ont été interpellés.

La vidéoprotection comme solution ?

Pour Marie-Hildegarde Chauveau, le développement de la vidéoprotection pourrait constituer l’une des réponses à ce phénomène difficilement prévisible. À Saint-Barthélemy, où environ 400 caméras sont installées, aucun vol à main armée n’a été recensé au premier semestre. Lors d’une conférence de presse en janvier 2025, le Président Mussington avait annoncé l’installation des caméras au 1er trimestre à Marigot, Grand Case et Oyster Pond, puis en juin 2025 la couverture devait être étendue à tous les endroits stratégiques nécessitant une surveillance, comme les zones frontalières puis les autres quartiers. Le 30 janvier 2025, le conseil exécutif avait attribué les deux lots du marché pour un montant total de 4,4 M€. A ce jour, aucune précision sur l’avancement du projet, ni sur l’installation du Centre de surveillance urbain également annoncé pour juin 2025. Dans l’attente, le préfet a annoncé un renforcement des contrôles, tout en insistant sur la nécessité de mener un travail de fond. L’État et la Collectivité ont mobilisé 1 M€ en faveur de la politique de la ville. Plusieurs réunions ont également été organisées avec les associations des différents quartiers, qui jouent un rôle essentiel dans la prévention de la délinquance. Le préfet a par ailleurs indiqué qu’il recevrait désormais les victimes de vols à main armée qui en exprimeraient le souhait.

Prévenir la violence dès l’école

Dans les établissements scolaires, les faits de violence ou de harcèlement sont consignés dans un registre, mais sur la base du déclaratif … certains faits passent donc sous les radars. 
Au cours de l’année scolaire 2025-2026, 113 faits de violence ont été rapportés, dont 58 se sont produits dans le premier degré. Un plan de lutte contre toutes les formes de violence est déployé dans les établissements. Pour la vice-rectrice Nicole Noilhetas, agir dès la scolarité constitue un moyen essentiel de prévenir la délinquance. À la rentrée, les contrôles aux abords des établissements se poursuivront, avec notamment la fouille des sacs. Ces fouilles pourront également être effectuées dans les casiers à l’intérieur des établissements à la demande du Parquet et du chef d’établissement. La gendarmerie entend cibler ses actions sur les collèges, car la prévention doit commencer chez les plus jeunes.                      

Ann Bouard