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Situation de crise : ne pas faire de l’eau un sujet politique

Par Ann Bouard
31 Mars 2026

L’ambiance délétère qui règne parmi les élus dénote une situation tendue entre l’opposition et l’actuelle mandature‭, ‬mais des dissensions apparaissent également au sein même de la majorité‭. ‬Le sujet de l’eau et la crise que connaît le territoire en ont fait la démonstration‭.‬

« La crise à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est prévisible compte tenu de la vétusté de l’usine d’eau et des pièces obsolètes qui nous lâchent en ce moment. J’accuse l’opposition d’être responsable de cette situation ; cette opposition qui veut revenir au pouvoir par tous les moyens. Il revient à cette majorité de prendre le taureau par les cornes, en tant que Président j’assume mon autorité. Nous allons, avec le soutien de l’État, mettre les fonds nécessaires pour la réfection de l’usine. Un accord sera signé avec la Saur pour commencer les réparations en urgence afin qu’il y ait dans les meilleurs délais de l’eau de manière permanente dans les robinets. La procédure d’urgence qui sera activée par la préfecture nous permettra d’intervenir avec efficacité et rapidité dans l’intérêt général. La question de la construction de la nouvelle usine restera d’actualité et de rigueur, mais la réhabilitation de l’existant s’impose comme une priorité majeure, de même que la réparation de la STEP de Quartier d’Orléans ». Ces propos, tenus par le Président Louis Mussington en ouverture de conseil territorial vendredi dernier, ont suscité de vives réactions. L’opposition s’est sentie insultée, mais c’est dans les rangs de la majorité que ces propos ont déclanché une riposte immédiate, celle de Raphaël Sanchez conseiller territorial, et président de l’EEASM (établissement de l’eau et de l’assainissement).

À‭ ‬qui la faute‮ ‬‭?‬

Sans rouvrir le débat des mandatures passées, et imputer la faute à l’une ou l’autre, Raphaël Sanchez a tenu à recentrer les échanges sur l’urgence de la situation. Selon lui, le projet de nouvelle usine de production est « quasiment prêt depuis 2024 », mais reste toujours en attente de financements de la part de la Collectivité, pourtant sollicitée à maintes reprises par les équipes de l’EEASM. «  Il faut arrêter de faire du sujet de l’eau un sujet politique, car nous vous avons sollicité pour pouvoir faire rapidement la construction et démarrer des travaux censés être faits depuis longtemps, mais le message est entré par une oreille et sorti par l’autre » déplore le conseiller territorial.
« C’est triste de dire que vous allez signer un partenariat avec la SAUR, sachant que depuis 10 ans elle a laissé se dégrader notre usine de dessalement, nos stations d’épuration, et demain elle viendra vous présenter sa facture !  Nous sommes aujourd’hui dans un cercle vicieux et je ne vais pas tolérer monsieur le Président que vous engagiez les saint-martinois dans un contrat avec la Saur qui les a abusés sur beaucoup de choses » poursuit Raphaël Sanchez qui cite l’exemple de l’unité mobile - un investissement de 1,1 M € de l’établissement des eaux pour faire face aux crises -  aujourd’hui inutilisable faute d’entretien. Il déplore par ailleurs que l’eau n’a pas été une priorité dans la liste de celles soumises à la ministre des Outre-mer lors de sa visite. Au-delà de la gestion opérationnelle, il met également en cause le déséquilibre financier du modèle actuel : « 89 % des ressources vont à la SAUR contre seulement 11 % à l’EEASM », alors même que cet établissement porte l’essentiel des investissements. Une situation jugée intenable, notamment face à un plan de renouvellement annuel estimé à 10 M€ pour à peine 1 M€ de recettes.
« Vous devez vous engager Monsieur le Président à respecter ce que vous avez signé lors de la réunion avec les financeurs du projet. Tout le monde s’est engagé, on a signé un document et seule la Collectivité n’a pas respecté son engagement. Le sujet est important, essentiel et urgent. Ce que j’attends aujourd’hui c’est d’avoir une ligne de trésorerie dans le budget pour l’EEASM pour que nous puissions renouveler les réseaux et débuter les travaux de l’usine rapidement. Assumez votre engagement et nous aurons une solution pour l’eau », a-t-il conclu.
La réponse de Louis Mussington à ses arguments fut laminaire : « Ce n’est pas forcément la vérité ce que vous venez de dire, il y a une procédure et l’urgence est qu’il y ait de l’eau dans les robinets. La construction de l’usine reste une priorité, mais d’abord assurons qu’il y ait de l’eau» … clôturant ainsi l’intervention sans préciser comment l’eau pouvait arriver au robinet sans outils de production. 
La Directrice de la Saur, et conseillère territoriale, Mélissa Rembotte était absente lors de la séance de vendredi. 

Ann Bouard