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Louis Mussington, l'interview

Louis Mussington, l'interview

24 février 2017

Louis Mussington, candidat à la présidence de la Collectivité et leader du Mouvement pour la Justice et la Prospérité (MJP), présentait dernièrement ses colistiers et une partie de son programme. Un programme qui prévoit entre autres, et dès l’élection, une période (cent jours) destinée à redéfinir le socle sur lequel est basée la Collectivité d’Outre-mer. Interview.

97150 : Louis Mussington, bonjour, et merci de nous recevoir. Le programme de votre groupe pose les bases de plusieurs axes de travail qui devront tous converger pour construire un meilleur Saint-Martin. Parmi ces axes, vous prônez en premier lieu une modification de la Loi Organique qui régit la Collectivité.  Pouvez-vous préciser ?

Louis Mussington : Bonjour à vous et merci de me laisser la parole dans vos colonnes. Effectivement, il faut arrêter d’être dans l’approximation et nous devons être pragmatiques. Pour ce faire, et après avoir travaillé de longs mois au sein de notre groupe, le MJP, nous avons défini des axes de travail à mettre immédiatement en œuvre dès notre élection à la présidence de la Collectivité. Et en premier lieu, il nous faut mieux utiliser la Loi Organique. Nous avons là un formidable outil de levier pour la mise en œuvre de politiques publiques tendant vers une plus grande autonomie, mais cet outil n’est pas utilisé au maximum de sa capacité. Par son article 63.51.12, la Loi Organique peut être modifiée pour mieux correspondre aux intérêts du territoire. Et tant que nous ne l’aurons pas modifiée nous ne pourrons pas, par exemple, fixer nos propres règles du dispositif du RSA. Ou bien encore redéfinir une nouvelle forme de gouvernance qui serait beaucoup mieux appropriée à notre territoire. Je pense notamment à la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif. Le Conseil territorial en l’état fonctionne toujours comme une commune, alors que la Collectivité a récupéré en plus des compétences d’une commune, celles d’un département et d’une région. Cette configuration n’est pas adaptée à la charge qui nous incombe. Cet article 63.51.12 de la Loi Organique, nous permet aussi de récupérer d’autres compétences, qui sont pour l’heure dévolues à l’Etat. Je pense là à l’environnement. Cette compétence doit revenir à la Collectivité. La compétence des marchés publics également : il n’est pas équitable que des entreprises non domiciliées fiscalement à Saint-Martin remportent nos marchés publics. Cela n’est pas juste pour nos entreprises locales qui elles, paient des impôts localement. Vous voyez, nous devons très rapidement et dans un premier temps aborder un chantier législatif qui aurait dû être entrepris depuis longtemps, et qui va nous permettre ensuite d’agir. Et d’agir mieux. Le cadre juridique doit impérativement être modifié.

97150 : Nous imaginons aisément que votre second axe sera le bilinguisme, votre cheval de bataille depuis que vous êtes en politique. Toutefois l’enseignement reste une compétence de l’Etat. Comment comptez-vous agir ?  

Louis Mussington : Je suis convaincu qu’en mettant en place un véritable enseignement bilingue, nous arriverons à inverser les tendances actuelles de l’échec scolaire de nos jeunes. La langue maternelle ici est l’anglais. Et le système éducatif est en langue française. Les cycles d’apprentissages prévoient, dès l’entrée à l’école, l’approfondissement de la langue acquise depuis la naissance. Or ici, à Saint-Martin, on demande aux enfants d’approfondir la langue française, une langue qu’ils n’ont pas acquise. Et en revanche, ils n’approfondissent pas leur langue acquise dès la naissance, l’anglais. Résultat, ils ne maîtrisent correctement ni l’anglais, ni le français. Et une part trop importante des élèves se retrouve en situation d’échec scolaire. Je sais précisément ce qu’il en est, puisque je suis enseignant. Sur ce sujet encore, la Loi Organique, par ses articles 63.14.9 et 63.14.10,  permet la signature d’une convention entre l’Education Nationale et la Collectivité. C’est ici une simple application de la Loi. Et dès notre arrivée au pouvoir, nous actionnerons cet article qui nous permettra de signer cette convention avec l’Education Nationale pour que les enseignements soient dispensés en anglais et en français, à parts égales. Et par cette convention, nous obtiendrons également que les concours d’entrée à l’Education Nationale soient organisés à Saint-Martin, pour que les recrutements d’enseignants aient lieu localement. En plus de créer de l’emploi, les enseignements seront enfin adaptés à l’une de nos spécificités locales.    

97150 : Quelles sont les autres mesures immédiates que votre majorité compte mettre en œuvre ?

Louis Mussington : Vous l’avez compris, dès que nous serons élus, nous irons à Paris rencontrer les différents Ministères pour négocier les points que nous venons d’évoquer, et également renégocier les compensations financières aux transferts des charges de compétences. Là aussi, nous avons été totalement lésés, et nous avons des droits, au titre de notre appartenance à la République Française. Nous comptons avec fermeté recouvrer ces droits. Et nous nous donnons une période de cent jours pour poser les bases de notre gouvernance. Parallèlement à cela, nous allons créer immédiatement après notre élection une commission fiscale qui sera composée d’élus, mais aussi de personnes de la société civile, des socioprofessionnels et des professionnels de la fiscalité. C’est une urgente nécessité que notre fiscalité redevienne juste envers nos citoyens et incitatives au développement économique. Cette commission devra avoir rendu ses conclusions à l’issue de cette période des cent jours. Il nous faut mettre à plat notre fiscalité et la redéfinir, élargir l’assiette fiscale mais également agir sur un meilleur recouvrement. Et nous définirons les leviers fiscaux à mettre en place pour notre projet pour Saint-Martin.

97150 : Et dans le domaine de l’économie ?

Louis Mussington : Notre politique économique et fiscale sera incitative à l’endroit de l’investissement privé productif. Nous allons étudier des solutions pour faire revenir notre jeunesse diplômée sur le territoire. Le territoire a besoin d’eux, de leurs compétences. Pour ceux qui auront des projets de création d’entreprises, nous mettrons tout en œuvre pour les aider. Et nous proposons de créer des partenariats avec les banques de la place pour que la Collectivité se porte garante financièrement de prêts bancaires nécessaires à ces porteurs de projets. Nous définirons également des incitations financières pour la réhabilitation par des investisseurs privés des locaux vacants de Marigot. Il faut recréer de l’activité dans le centre-ville. Et faire en sorte que les touristes à fort pouvoir d’achat reviennent sur notre île.

97150 : Parmi vos colistiers, on retrouve des hommes et des femmes qui ne sont pas des novices de la politique et qui viennent d’horizons très variés… C’est un vrai message d’ouverture ?

Louis Mussington : En effet, les femmes et les hommes qui m’accompagnent ont déjà prouvé leur efficacité, tous dans leur domaine respectif. C’est une grande fierté d’avoir des personnes comme Marthe Ogoundélé, Pierre Aliotti, Frantz Gumbs, Daniel Gumbs, Ali Laggoune, Bernadette Davis… Je ne peux pas tous les citer ici, mais chacun a une réelle place dans notre groupe. Et je suis heureux que nous ayons pu dépasser les clivages droite/gauche… Ce qui montre bien que le seul objectif qui nous importe à tous, c’est de réunir nos expériences et nos compétences pour le seul intérêt de Saint-Martin et de ses concitoyens.

97150 : Pour conclure, quel message avez-vous envie de donner à la population ?

Louis Mussington : Le message que je souhaite faire passer est un message de citoyenneté et de valeurs. Et nous appelons de nos vœux une nouvelle citoyenneté qui implique une autre vision de Saint-Martin. La conception de notre île comme un ensemble d’individus ou de communautés juxtaposés doit céder le pas à une et une seule Communauté Saint-Martinoise, soudée à un projet de société fédérateur. Ainsi, notre parti MJP entend provoquer un sursaut de dignité et de respect de la personne humaine, des règles en vigueur et des repères moraux pour une plus grande harmonie de la communauté. 

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