Une audience placée sous le signe de la violence
Contrairement aux gouttes qui se font rares en cette saison cyclonique, le moins que l’on puisse dire c’est que les coups pleuvent fréquemment sur Saint-Martin.
En témoigne l’audience de jeudi dernier au cours de laquelle les affaires qui se sont suivies n’avaient d’égales que la similarité des situations tout autant absurdes que déplorables. À commencer par cette première rixe qui a eu lieu dans une épicerie de Grand-Case : alors qu’un des deux hommes mis en cause s’en serait pris à une cliente à l’entrée de la boutique menaçant le défenseur de celle-ci à l’aide d’une bouteille de bière, le second individu n’a pas trouvé mieux que d’aller chercher son cric dans sa voiture pour en découdre avec le belligérant.
Justice et humour font parfois bon ménage
Purgeant une peine de prison pour d’autres méfaits, l’un des deux protagonistes était interrogé par le juge en visioconférence ; alors que celui-ci lui demande comment se passe sa détention, le prévenu lui répond que ça va et qu’il est bien. Madame la procureure de la République saisit alors la balle au bond et rétorque aussitôt que s’il se sent si bien en prison, il va donc pouvoir y rester plus longtemps, prouvant ainsi que sous leurs apparences sévères les magistrats ont le sens de l’humour.
Cela s’est confirmé lors d’une autre affaire impliquant trois personnes : la femme, le mari, et une des ex de celui-ci venue agresser l’épouse sur son lieu de travail : insultes, gifles, puis bagarre entre les deux femmes vite interrompue par l’arrivée de l’homme qui fait cesser le combat en traînant son ancienne compagne par les cheveux jusque dans la rue ! Selon les propos de sa femme actuelle, les ex du mari en question le relancent sans cesse depuis qu’ils ont convolé en justes noces. Le juge lui fait alors remarquer qu’il est en quelque sorte victime de son succès auprès de la gent féminine. L’intéressé ne juge pas utile de démentir.
Prendre la porte, oui, mais pas sur la tête
Querelle de couple encore et toujours avec ce père de famille qui rend visite à ses enfants vivant avec leur maman. Celle-ci, refusant que le plus jeune aille à la plage avec son père car il a le bras dans le plâtre, tente de refermer la porte au nez de son ex-mari. Celui-ci l’en empêche en glissant son pied dans l’entrebâillement, c’est alors que la femme ne fait ni une ni deux : elle arrache l’huisserie en bois pour asséner des coups au mari récalcitrant. Là encore, M. le juge rappelle avec malice que celui-ci étant menuisier, il semblait logique qu’il se fasse frapper avec un morceau de bois.
Terminons cette série de combats à mains nues par l’histoire quelque peu rocambolesque d’un homme dont les bailleurs ont décidé de lui couper l’eau et l’électricité sous prétexte qu’il refuse d’entretenir le jardin de la propriété dont il est le gardien, alors que rien de la sorte n’était stipulé dans le contrat signé entre les deux parties. Depuis des mois, la tension n’a cessé de monter jusqu’au jour où les deux hommes en sont venus aux mains, avec l’appui de la femme du bailleur qui s’est invitée au pugilat sans retenue.
Bref, les coups et blessures semblent vouloir rythmer le quotidien de certains habitants pour des motifs souvent futiles entraînant des réactions toujours exagérées en comparaison des faits qui sont ensuite reprochés aux prévenus qui, pour la plupart, semblent minimiser les conséquences de leurs actes.