David Redor, 228 fois au bout de lui-même
Natif de Nancy, juriste de formation devenu coureur du monde, il cumule 228 marathons en près de trente ans — des rues de Paris aux glaces du Pôle Nord. Portrait d’un homme que ses compagnons de course surnomment Crazy Dave, et qui a choisi la liberté en paire de baskets.
Tout a commencé en 1997, sur le bitume parisien d’un premier marathon couru sans prétention. David n’était pas un prodige de l’endurance — il le reconnaît avec un sourire : au baccalauréat, il n’avait même pas obtenu la moyenne à l’épreuve d’endurance. Sur les routes du monde, il a trouvé quelque chose: le dépassement de soi, l’ivresse du voyage, la chaleur d’une communauté d’athlètes. Depuis, il enchaîne en moyenne douze marathons par an, sur tous les continents, dans des conditions parfois extrêmes. C’est en 2004, grâce à un oncle skipper, qu’il tombe amoureux de Saint-Martin. Il y habitera plusieurs années avant de regagner la métropole, où il est aujourd’hui basé.
Des sommets de l’Everest au Colorado
Si la plupart des marathoniens se contentent des grandes capitales mondiales, Crazy Dave cherche l’insolite et l’hostile. Son marathon de l’Everest — le plus haut du monde — reste sa plus grande fierté, une expérience qu’il décrit comme unique et fondatrice. Le Pikes Peak, dans le Colorado, à 4 500 mètres d’altitude, lui a imposé le plus grand défi physique de sa carrière. Quant au Pôle Nord, il en parle avec une sorte d’émerveillement tranquille : l’isolement total, le silence, et les consignes de sécurité contre les ours polaires en guise de règlement de course. Et quand le marathon ne suffit plus, il s’élance sur des ultras — dont le mythique 100 km de Millau, qu’il a bouclé à plusieurs reprises. Son prochain rêve ? Fouler les pentes du mont Fuji, au Japon. Car cette passion folle lui a offert bien plus que des médailles : elle l’a conduit aux quatre coins du monde, à la rencontre de gens incroyables, dans des endroits où il n’est pas commun de se retrouver. Des lieux que le tourisme ordinaire n’atteint pas, et que seule la course permet de vivre de l’intérieur. Pour lui, chaque départ de starting-blocks est une promesse d’ailleurs — une façon de lire le monde à grandes foulées.
Transmettre la flamme
Aujourd’hui basé en métropole, David ne court plus seulement pour lui. C’est d’ailleurs tout naturellement qu’après avoir bouclé il y a peu le marathon de Miami, il a prolongé l’aventure en faisant escale sur l’île. Car Saint-Martin, pour lui, c’est aussi un terrain d’entraînement à part entière : faire le tour de l’île revient à peu près aux 42,195 km d’un marathon. Et les conditions ici ne sont pas simples — chaleur, humidité, dénivelé — ce qui en fait, selon lui, un entraînement idéal pour préparer ses courses. Il note d’ailleurs avec satisfaction que le niveau local est très bon : de plus en plus de coureurs s’entraînent sérieusement, et certains affichent de très belles performances. Une dynamique qui le réjouit et renforce sa conviction que l’envie est là, qu’elle ne demande qu’à être accompagnée. Car derrière le coureur de l’extrême se cache un passeur qui aspire à transmettre sa passion, convaincu que le marathon est bien plus qu’un sport : « On ne sait jamais vraiment ce dont on est capable, tant qu’on n’a pas osé franchir la ligne de départ. »