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Narcotrafic : Saint-Martin n’est pas concernée ?

Par Ann Bouard
29 Juin 2026

Aujourd’hui‭, ‬le narcotrafic est partout‭, ‬à tous les niveaux de la société‭. ‬Il détruit des quartiers‭, ‬des vies‭, ‬des destins‭. ‬Pour alerter‭ ‬sur ses impacts et soutenir la mobilisation contre ce fléau‭, ‬le gouvernement lance un dispositif de communication d’ampleur‭, ‬commun à l’ensemble des ministères‭. ‬Il est déployé partout‭, ‬sauf dans les territoires du Pacifique et dans les îles du Nord‭. ‬Saint-Martin serait donc l’une des rares régions épargnées par le narcotrafic‭ ?‬

Ce choix effectivement interroge, alors qu’a débuté hier la conférence régionale de sécurité des Antilles à Fort -de-France, un événement qui s’inscrit dans le cadre de la présidence française du G7. L’objectif est de mobiliser un large réseau de partenaires face à l’augmentation sans précédent des trafics illicites dans le bassin Antilles-Guyane. Les 2 et 3 juillet, les chefs d’État et de gouvernement, les ministres des Affaires étrangères, de l’Intérieur ou de la Justice sont invités à une conférence internationale pour exprimer leur détermination commune à lutter contre le développement des trafics illicites à l’échelle régionale. « En haute mer, les saisies de stupéfiants opérées par les autorités françaises ont augmenté de 30 % en un an, atteignant 35,7 tonnes en 2025 contre 28 tonnes en 2024. Cette réalité du terrain pose la nécessité d’une réponse collective » peut-on lire sur le site du ministère de l’Intérieur. Il indique par ailleurs qu’au cœur des discussions figure « la présentation officielle du Plan ANTI (plan d’urgence de lutte contre le narcotrafic aux Antilles et en Guyane) ». Une étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives précise que Saint-Martin, en raison de sa position géographique et de sa binationalité, est devenu un maillon stratégique des réseaux de criminalité organisée, à la croisée des routes d’exportation vers l’Europe.

Alors, Saint-Martin pas concernée par le narcotrafic ?  Comment le gouvernement peut faire un battage médiatique dans tous les territoires sur le thème « On paie tous le prix de la drogue »,  en excluant sciemment Saint-Martin ? Est-ce que les informations sur les saisies opérées dans la zone des Antilles, sur les décès liés à ce trafic qui ne cessent d’endeuiller le territoire, ne remontent pas dans les hautes sphères ?  Vouloir s’attaquer à ces réalités en prenant les choses de haut, sans tenir compte des spécificités des territoires les plus exposés, revient à envoyer un message contradictoire. Si la lutte contre le narcotrafic se veut nationale et coordonnée, elle ne peut laisser de côté Saint-Martin, où les conséquences de ce fléau sont bien réelles. L’exclusion de l’île de cette campagne de sensibilisation interroge autant qu’elle inquiète.                 

Ann Bouard