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Dépôts sauvages : Bellevue n’est pas une décharge

Par Sunita Mittal
20 Mars 2026

À‭ ‬Saint-Martin‭, ‬déverser ses déchets sur un terrain privé plutôt que de se rendre à la déchèterie est devenu un réflexe pour certains‭. ‬Manque de civisme‭, ‬absence de sanctions‭, ‬mépris des conséquences sanitaires et environnementales‭ : ‬certains propriétaires‭ ‬n’ont d’autre choix que d’agir‭, ‬comme à Bellevue‭.‬

Le domaine de Bellevue - Mont Fortune est une propriété privée dont les propriétaires ont choisi d’ouvrir librement l’accès à la population : randonnées, vélo, activités sportives en pleine nature. Un geste citoyen qui, malheureusement, a un prix. Régulièrement, des camions viennent y décharger leurs cargaisons en toute impunité. Tout y passe : mobilier ou électroménagers déposés par des particuliers, comme des chargements entiers de gravats, de baies vitrées cassées ou de béton provenant de chantiers professionnels. « Pour ne pas payer la taxe de la déchèterie, les professionnels viennent décharger directement sur le terrain. Des semi-remorques entières », explique Mathias Durand-Reynaldo, gestionnaire du site. L’affaire ne se résume pas à quelques encombrants abandonnés : ce sont littéralement des dizaines de sacs de déchets qui sont régulièrement ramassés sur le site. Il y a peu, un camion a déversé le contenu entier d’une cuve de fosse septique aux abords des terrains de sports, rendant les accès impraticables pendant plusieurs jours. Des risques sanitaires réels, à quelques mètres d’un espace fréquenté par des jeunes. « Il y a quelques déchets ménagers, mais dans 90 % des cas, ce sont des professionnels. » Des professionnels qui font l’économie de la déchèterie en faisant peser le coût — financier, sanitaire et environnemental — sur les autres.

Le prix de l’incivilité

Chaque année, plusieurs camions sont mobilisés pour évacuer les déchets accumulés, sans compter l’extraction des carcasses de voitures nécessitant l’intervention de grues. Le tout à la charge du propriétaire, qui met pourtant ses terres à disposition du public sans contrepartie. « C’est une question d’énergie, de tracas, mais aussi d’argent. Ce n’est pas normal. » Alors pourquoi ? Manque de conscience citoyenne, absence de sensibilisation, mépris de la loi ou simple je-m’en-foutisme ? Mathias Durand-Reynaldo ne tranche pas. Probablement un peu de tout. La déchèterie de Galisbay est pourtant gratuite pour les particuliers. Et les professionnels sont légalement tenus d’éliminer leurs déchets à leurs frais. Mais, sur le terrain, c’est une autre histoire.

Tolérance zéro

Face à l’ampleur du problème, la réponse est devenue concrète et méthodique. Sur le site, depuis environ un an : enrochements, buttes de terre, portails et cadenas ont été mis en place. Les véhicules motorisés sont interdits d’accès mais le public reste le bienvenu à pied ou à vélo. Des caméras, fixes et dissimulées, quadrillent le site. Les plaques d’immatriculation pourront donc désormais être relevées, et, en cas de déchargement illicite, des plaintes seront déposées auprès de la gendarmerie. Le ton est donné.

Sunita Mittal