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Clean Up… et si les bénévoles n’étaient pas là ?

Par Ann Bouard
25 Septembre 2026

Le week-end dernier‭, ‬à l’occasion du Clean Up Weekend organisé dans le cadre du World Clean Up‭, ‬des citoyens et de nombreuses associations des deux parties de l’île se sont mobilisés pour ramasser les déchets abandonnés dans la nature‭. ‬Une démarche qui met une nouvelle fois en lumière le‭ ‬poids des incivilités et les limites de l’action publique face à la pollution‭.‬

Si de prime abord ces nettoyages contribuent à la beauté du territoire en éliminant la pollution visuelle, ils sont devenus essentiels pour préserver la nature, terrestre ou marine… car les déchets ne sont pas statiques et ce qui est jeté à terre finit souvent dans la mer. 

La mobilisation a débuté samedi dernier par Little Bay Beach & Pond. Les premiers à s’activer sur le terrain étaient les élèves des écoles Oranje School, Leonard Conner School et Charlotte Brookson Academy… 96 élèves qui en une heure seulement ont comptabilisé 123 kg de déchets ! La relève a été prise par 175 bénévoles qui se sont réparti la tâche, ingrate, depuis la plage, autour de l’étang et le long de la route. En plus des incontournables bouteilles plastiques ou canettes, qu’il est plus facile de jeter par la fenêtre de la voiture que d’amener jusqu’à un container de tri, ils ont malheureusement trouvé des déchets bien plus encombrants: des quantités importantes de matériaux de construction et de vieilles carcasses de voitures au cœur même de la mangrove. Pas besoin de dessin pour se figurer l’impact de ces véhicules et de leurs composants toxiques sur la nature ! Sur cette seule journée de collecte, 691 kg de petits déchets ont été ramassés… mais, faute de moyens, les plus volumineux ou ceux nécessitant un traitement spécifique ont dû être laissés sur place.
Le lendemain, ils étaient à nouveau près de 90 bénévoles à œuvrer, dont ceux de l’association Clean St Martin et ceux de la station SNSM Saint-Martin, pour nettoyer une partie de l’Anse des Sables et de la Belle Créole. Tandis que les équipes terrestres ratissaient minutieusement le littoral, les sauveteurs en mer, eux, sont intervenus afin de récupérer les déchets immergés. Ils ont récolté 110 sacs, soit plus de 740 kg, évacués en camions-bennes généreusement mis à disposition par l’entreprise LVMO et traités gratuitement là encore par Verde SXM.

À quoi servent les lois ? 

Les participants ont utilisé l’application Clean Swell d’Ocean Conservancy (qui peut être utilisée toute l’année) ainsi que des fiches de relevé afin d’enregistrer les déchets collectés. Ces données permettent d’identifier la nature des déchets trouvés sur les littoraux et peuvent contribuer aux politiques de gestion des déchets, de lutte contre les dépôts sauvages, d’éducation, de recyclage et de protection du milieu marin, pour peu que les pouvoirs publics en tiennent compte.
En effet, près de la moitié (47 %) des déchets recensés à Little Bay sont des objets en plastique ou en mousse à usage unique : bouteilles, sacs, gobelets, contenants alimentaires, emballages, pailles et couverts en plastique. Même constat côté français : les déchets plastiques dominent là encore.
La question se pose de l’application de la loi. Sint Maarten dispose depuis 2022 d’une législation prévoyant l’interdiction des sacs en plastique à usage unique, des pailles en plastique et des contenants alimentaires en polystyrène. Mais son entrée en vigueur devait être fixée par décret gouvernemental. Depuis, les autorités travaillent à un nouveau cadre législatif destiné notamment à encadrer l’importation, la distribution et la vente de ces produits. En France, la distribution des sacs en plastique à usage unique est interdite depuis juillet 2016 pour les sacs de caisse et depuis janvier 2017 pour les autres. Depuis le 1er janvier 2021, les pailles, couverts jetables, touillettes, couvercles des gobelets à emporter, boîtes en polystyrène expansé, piques à steak, tiges pour ballons, confettis en plastique et autres objets en plastique oxodégradable sont aussi interdits.
Les bénévoles se sont également interrogés sur la grande quantité de remblais et de débris obstruant certaines parties de la plage publique à proximité de Little Bay Pond. Dans un contexte de diminution de l’accessibilité du public à plusieurs plages locales, cette situation est particulièrement préoccupante. Il s’agit d’un phénomène observé à l’échelle de la Caraïbe. En France, un décret publié au Journal officiel du 4 juin dernier renforce les règles concernant le dépôt, le tri et l’abandon de déchets… mais qui contrôle ? 

Se pose-t-on les bonnes questions ?

Quoi qu’il en soit, que ce soit du côté néerlandais ou du côté français, ce sont les bénévoles, armés de leurs seuls gants et dérisoires sacs poubelles, qui prennent en charge une partie du nettoyage du territoire. Chaque année, les campagnes de communication sur le ramassage des encombrants et des VHU fleurissent… tout comme les détritus, car elles ne sont pas suivies d’effet ! Quant aux conventions de nettoyage, qui visent à mutualiser les moyens entre les deux parties de l’île, leurs effets restent peu visibles sur le terrain. À leur décharge, ce sont les citoyens les premiers pollueurs. Quelles sont les solutions pour que cette pollution humaine cesse ?
Changer les mentalités est sans doute la première étape : éduquer les plus jeunes, certes, mais aussi rappeler aux adultes qu’ils ont, eux aussi, le devoir de montrer l’exemple. Don Quichotte se battait contre des moulins à vent, notre humanité se bat désormais contre sa propre bêtise.
À tous ceux qui, après un apéro ou un pique-nique, abandonnent bouteilles, emballages et restes dans les buissons ou les rochers de Friar’s Bay : vous êtes venus avec, pourquoi ne pas repartir avec ? Aux artisans et entreprises qui confondent les conteneurs de la Baie Orientale avec la déchetterie : non, les pots de peinture et les vieux climatiseurs ne sont pas des déchets ménagers. Aux consommateurs de bouteilles en plastique : il est possible de les déposer dans les machines des deux Super U et d’en tirer quelques centimes. Aux constructeurs automobiles : remettez des cendriers dans les véhicules ! En attendant, une canette à moitié remplie d’eau fait très bien l’affaire… et fonctionne aussi sur la plage pour éviter les mégots partout. Vraiment partout. Chacun doit y mettre du sien. Ce ne peut pas être toujours aux mêmes de réparer les incivilités des autres.

Ann Bouard