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Saint-Martin face à l’exode de la jeunesse

Par Lise Gaeta
24 Avril 2026

L’Institut territorial de la statistique et des études économiques‭ (‬ITSEE‭) ‬de Saint-Martin s’est penché sur le système éducatif de l’île‭. ‬Baisse des effectifs‭, ‬décrochage scolaire‭, ‬départ massif vers l’Hexagone‭, ‬cette étude menée en étroite collaboration avec l’Éducation nationale révèle des fragilités sur le territoire‭.‬

À la rentrée 2025-2026, près de 6 800 élèves étaient scolarisés sur le territoire. Un chiffre en recul constant depuis 2019, avec plus de 500 élèves en moins en six ans. Cette baisse, déjà visible dans le primaire, annonce une diminution durable du nombre de jeunes scolarisés localement.
Mais la rupture intervient surtout à l’adolescence. Dès 15 ans, la scolarisation recule plus fortement qu’en Guadeloupe ou à l’échelle nationale. Après le baccalauréat, seuls 23 % des 18-24 ans sont encore en formation. Un chiffre qui traduit des sorties précoces du système éducatif et une poursuite d’études limitées. Parcoursup illustre ce phénomène. Deux élèves sur trois reçoivent une proposition sur la plateforme d’orientation post-bac, mais seul un sur deux l’accepte. De plus, les formations les plus fréquemment choisies par les bacheliers saint‑martinois sont les BTS, les licences universitaires et, dans une moindre mesure, certaines filières sélectives.

Une jeunesse contrainte à la mobilité

Un an après le baccalauréat, plus de la moitié des étudiants vivent en France hexagonale. Trois ans plus tard, ils y sont encore près d’un sur deux. Une mobilité qui est devenue une étape quasi obligatoire pour étudier ou travailler. Pour autant, il ne s’agit pas d’un exil. L’attachement au territoire reste fort. En effet, plus de 70 % des jeunes interrogés disent vouloir revenir à Saint-Martin. Mais ils se heurtent à un problème majeur, trouver un emploi qualifié. La transition entre formation et emploi est alors fragile. Trois ans après la terminale, seuls 20 % des jeunes occupent un emploi ou suivent une alternance. Les autres jonglent entre études, chômage et situations précaires.
Des pistes existent néanmoins. L’apprentissage progresse, notamment avec le CFA Mangrove, tourné vers les métiers du tourisme. Malgré des abandons encore élevés, cette structure illustre le potentiel de solutions locales, à condition d’être renforcées. En conclusion, Saint-Martin peine aujourd’hui à retenir sa jeunesse. Entre départs contraints et retours incertains, c’est la capacité du territoire à transformer ces parcours en richesse locale qui est en jeu. 

Lise Gaeta