Mission Assemblée nationale : les députés à l’écoute des réalités locales
Une délégation de l’Assemblée nationale était présente la semaine dernière dans les îles du Nord dans le cadre d’une mission d’information sur « la stratégie de développement économique des outre-mer ». Les députés ont rencontré les principaux acteurs institutionnels et économiques de Saint-Barthélemy et Saint-Martin, afin de recueillir leurs constats, qui alimenteront un futur rapport parlementaire sur le développement économique des territoires ultramarins.
Créée par la Conférence des présidents de l’Assemblée nationale en 2012 et dotée d’un statut législatif depuis 2017, la Délégation aux outre-mer se compose de 54 députés, dont les 27 élus des territoires ultramarins, membres de droit. Elle est chargée d’informer l’Assemblée nationale sur toutes les questions relatives aux outre-mer et d’évaluer les politiques publiques qui y sont menées.
Début 2026, la délégation a lancé une mission d’information consacrée à la stratégie de développement économique des outre-mer. Composée de treize rapporteurs, elle a pour ambition de collecter des données qui alimenteront un rapport qui sera rendu public et destiné à mieux comprendre le fonctionnement économique des territoires ultramarins pour nourrir une stratégie de développement économique des outre-mer à partir des réalités du terrain.
Dans ce cadre, après La Réunion, puis Mayotte fin mai, émeline K/Bidi et Frédéric Maillot (députés de La Réunion), Jean-Victor Castor (Guyane), Philippe Gosselin (secrétaire) et Davy Rimane (député de la deuxième circonscription de la Guyane et président de la Délégation aux outre-mer) ont poursuivi leur travail dans la zone Antilles-Guyane. Accompagnés de Frantz Gumbs (vice-président de la Délégation aux outre-mer), ils ont mené une série d’auditions la semaine dernière dans les îles du Nord afin de recueillir les attentes et les propositions des acteurs économiques des deux territoires. Car si nombre de difficultés sont communes, chacun a aussi ses fragilités.
Une vision partagée du développement
Les députés ont auditionné les représentants du CESC (Conseil économique, social et culturel), de la CCISM, du port, du Club du tourisme, du Medef, le premier vice-président de la Collectivité ainsi que le préfet.
À Saint-Martin, tous les acteurs rencontrés ont une vision commune du développement économique : si le tourisme demeure aujourd’hui le principal moteur de l’économie locale, l’ensemble des acteurs estime indispensable de diversifier les activités afin de réduire la dépendance du territoire à ce seul secteur.
Les difficultés évoquées sont nombreuses et rejoignent celles rencontrées dans d’autres collectivités ultramarines : coûts du transport et de la logistique, délais d’approvisionnement, forte dépendance aux importations, enjeux de sécurité alimentaire, exposition aux risques climatiques, difficultés à mobiliser les financements européens et des besoins en formation, jugés insuffisants ou parfois inadaptés aux réalités locales. Les députés ont également relevé un verrou récurrent : les normes. Les acteurs économiques dénoncent un empilement de réglementations françaises et européennes souvent peu adaptées aux réalités locales, auxquelles s’ajoutent les différences réglementaires entre les parties française et néerlandaise de l’île, qui compliquent les coopérations et les échanges avec les territoires voisins.
«Faire bouger les lignes»
Les comparaisons entre les différents territoires ultramarins français vont permettre de mieux alimenter les données pour définir les politiques publiques. « À travers ces rencontres, nous voulons recueillir des propositions concrètes pour que les lois, les budgets et les réglementations répondent enfin aux besoins de nos territoires », a expliqué le président de la Délégation aux outre-mer. Car la question demeure : est-ce qu’il est possible de sortir de ces difficultés ? « La relation entre Paris et ses territoires n’est plus efficace. On va arriver à un point de non-retour», estime Frédéric Maillot, député de La Réunion. Davy Rimane partage cette analyse et insiste sur l’importance des prochaines discussions budgétaires : selon lui, si l’État consacre aujourd’hui environ 2,9 milliards d’euros aux outre-mer, les besoins réels pour répondre aux urgences des territoires atteindraient près de 11 milliards d’euros. « Il faut être au rendez-vous du vote de la loi de finances, et pour cela il faut avoir toutes les données en main », souligne-t-il.
La délégation se rendra dans le Pacifique en octobre afin d’achever ce tour d’horizon des territoires ultramarins avant de remettre son rapport. Son ambition est de proposer une stratégie de développement économique fondée sur les réalités de terrain et les spécificités de chaque territoire, plutôt qu’une approche uniforme des outre-mer pensée depuis Paris.