Le street art à l’école
Pour sa 5e édition, l’association Ariana et son projet Mix’Art transforment les écoles de Saint-Martin en galeries d’art urbain. Derrière les bombes de peinture, une ambition profonde : faire du street art un outil de citoyenneté pour les jeunes.
Forte de plus de 15 ans d’existence, l’association Ariana œuvre à l’insertion socioculturelle des jeunes par l’art urbain, dans les départements d’outre-mer et au-delà. À Saint-Martin, elle en est déjà à sa 5e édition de Mix’Art, et cette année encore, de nombreux établissements scolaires répondent présent : parmi eux, les écoles Émile Choisy, Hervé Williams et Aline Hanson, ainsi que les collèges Mont des Accords et Roche Gravée — soit environ 22 groupes d’élèves, du primaire au collège. Le principe reste le même : une journée entière par groupe pour débattre du vivre ensemble, puis s’initier aux techniques du street art : lettrage, pochoir, bombe... À la clé, près de 40 toiles créées par les élèves eux-mêmes, exposées directement dans les couloirs des établissements participants.
L’art comme terrain d’expression
Mix’Art ne se contente pas d’initier les jeunes à l’art urbain. Chaque atelier commence par un temps de parole collectif sur la citoyenneté, ancrant la démarche dans une réflexion de fond. L’art devient alors un langage partagé, accessible à tous, pour dire ce que les mots seuls ne suffisent parfois pas à exprimer. C’est aussi l’occasion pour beaucoup d’élèves de découvrir le street art autrement que comme un simple tag sur un mur — d’en comprendre les codes, l’histoire, et le potentiel expressif. Pour les guider, l’association Ariana s’appuie sur des artistes locaux comme Espa et Tibo, qui font vivre la culture urbaine locale au quotidien. Espa, qui accompagne Mix’Art depuis cinq ans, décrit chaque atelier comme un match d’improvisation : le matin pour apprendre les techniques, l’après-midi pour produire deux œuvres finies. Les résultats, dit-il, sont souvent bluffants — et certains élèves, croisés des années plus tard, lui montrent encore les dessins qu’ils n’ont jamais arrêté de faire.
Un projet, des partenaires, un territoire
Derrière le projet, un réseau de partenaires solidement mobilisés : le Rectorat, la Collectivité, la CAF et la Cité éducative, aux côtés d’associations locales pleinement investies — Nature is the Key, Art for Sciences et les Compagnons du devoir. Car Mix’Art va bien au-delà d’une simple initiation technique. Avec Nature is the Key, par exemple, les jeunes devaient créer une fresque participative, en s’appropriant les valeurs de l’association pour les traduire en images. Lire, comprendre, retranscrire visuellement : un vrai travail d’interprétation. Ce maillage entre institutions et acteurs de terrain est sans doute l’une des clés du projet. Quinze ans après sa création, l’association confirme ainsi que le street art peut être, partout, une affaire citoyenne.