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Des cadavres de chiens jetés comme des ordures

Par Sunita Mittal
6 Février 2026

Jeudi 15‭ ‬janvier‭, ‬la gendarmerie est intervenue après la découverte de plusieurs dépouilles de chiens‭, ‬certaines dans des sacs mortuaires éventrés‭, ‬jetées près de l’embarcadère de Cul de Sac‭. ‬Parmi ces corps abandonnés‭ : ‬Marcus et Baki‭. ‬Leurs propriétaires les croyaient pourtant auprès d’un service funéraire pour être incinérés‭. ‬La réalité est brutale‭ : ‬les animaux ont été jetés comme des déchets‭.‬

Le 9 janvier, M.G. fait euthanasier Marcus, son boxer malade. Elle confie le corps à un funérarium de la partie française, recommandé par son vétérinaire. Elle précise vouloir récupérer les cendres et assister à l’incinération. Malgré ses multiples appels, elle ne recevra ensuite que peu de réponses. Le 15 janvier, les gendarmes la contactent : le cadavre de Marcus a été retrouvé, sa puce d’identification retirée. C’est le vétérinaire qui reconnaîtra l’animal. « C’est ignoble ce que l’on a fait à Marcus, c’est un irrespect total. Il faisait partie de la famille, il ne méritait pas qu’on le traite comme ça », déplore M.G. Aujourd’hui, elle détient des cendres, sans savoir si ce sont réellement celles de Marcus. Le même jour, A.L. fait euthanasier Baki à domicile, son chien de 5 ans souffrant d’une maladie incurable. Bouleversé, il dépose le corps au funérarium dans une boîte au couvercle jaune et paie 250 euros en liquide pour pouvoir recupérer les cendres. Lui aussi restera six jours sans nouvelles avant l’appel de la gendarmerie: Baki a été retrouvé, toujours dans sa boîte. 
« Mon chien était tellement malade, le funérarium n’y a même pas touché. Il avait encore sa puce d’identification », déclare A.L. « On paie pour un service, pour de la dignité, et on retrouve son chien jeté comme une ordure. Ils ont profité de la tristesse des gens. » Les deux propriétaires ont porté plainte contre l’entreprise pour «abus de confiance».

La version qui interroge

La conseillère funéraire, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, aurait développé cette activité en raison du manque de solutions côté français. Le centre funéraire se désolidarise : « C’est la conseillère qui gérait ça de son côté, pas nous. » Pourtant l’entreprise aurait fourni les chambres froides pour le stockage des dépouilles animales. D’après un témoignage, ladite conseillère aurait auparavant avoué payer un proche pour transporter les cadavres jusqu’à l’incinérateur du côté hollandais de Pointe Blanche : «le chauffeur a rencontré un problème et déchargé les corps avec l’intention de revenir». Une version qui soulève de nombreuses interrogations. Dans quelles conditions sont transportés les corps ? Pourquoi la puce de Marcus a-t-elle été retirée ? Pourquoi Baki n’a jamais été sorti de sa boîte ? Combien d’autres animaux ont subi le même sort ? De nombreux témoignages similaires affluent sur les réseaux sociaux.

Aucune alternative‭ ‬sur l’île

Cette affaire révèle un problème structurel. Plusieurs vétérinaires reconnaissent avoir orienté leurs clients vers ce funérarium, certains malgré leurs doutes, faute d’alternative. Sur le territoire, seul l’ISDND (Installation de stockage de déchets non dangereux), géré par Verde SXM, assure l’équarrissage. La législation française interdit l’enterrement à domicile, sauf conditions strictes, presque impossibles à respecter sur l’île. Résultat : faute d’options légales, de nombreux propriétaires se tournent vers le site du Galion pour inhumer eux-mêmes leurs animaux, une pratique illégale. « C’est connu depuis des années, il n’y a pas d’autres solutions pour honorer nos animaux décemment », confie un habitant. À Saint-Martin, le besoin de solutions transparentes et contrôlées n’a jamais été aussi urgent. Par respect pour leur mémoire, la rédaction a choisi de publier des photos de Baki et Marcus du temps de leur vivant. Ils deviennent aujourd’hui les symboles d’une cause animale négligée à Saint-Martin. 

Sunita Mittal