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Adieu Pirate !

Par Ann Bouard
18 Mai 2026

Marcel‮…‬‭ ‬difficile de trouver les mots aujourd’hui‭. ‬Difficile de prendre la plume pour raconter le départ d’un homme que tant de Saint-Martinois ont connu‭, ‬croisé‭, ‬aimé ou simplement aperçu au détour d’une soirée à Grand Case‭. ‬Avec toi‭, ‬c’est bien plus qu’un visage familier qui disparaît‭. ‬C’est une époque entière qui s’efface doucement‭.‬

Marcel Giudice, « Ti Truc » avant de devenir pour tous « Marcel le Pirate », faisait partie de ces personnages que je croyais éternels. De ceux qui traversent les années sans jamais perdre leur éclat ni leur liberté. Cycliste, restaurateur, aventurier, conteur et bon vivant assumé, tu incarnais une certaine idée de Saint-Martin : libre, festive, excessive parfois, mais profondément vivante.

Marcel, c’était ce Saint-Martin que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Une époque où l’île vibrait d’une énergie positive, où les soirées semblaient interminables, où l’on ne s’encombrait ni du regard des autres ni des conventions et où l’on se retrouvait au Repaire du Pirate. Une taverne de corsaires, un refuge de bons vivants, un morceau d’imaginaire posé face à la mer des Caraïbes, où l’on devenait nous aussi un peu pirates. On y embarquait pour une soirée sans vraiment savoir à quelle heure on reviendrait au port. Entre les boiseries de galion, les trésors improbables suspendus aux murs, les fameuses toilettes décorées de dessous féminins et cette atmosphère unique où se mélangeaient rires, rhum et bonne chère, tu avais réussi à créer un lieu à ton image, chaleureux avec une juste dose de folie. C’était aussi les sorties en bateau pirate, les nuits sans fin, les anecdotes racontées avec ce mélange de vérité et de légende dont tu avais le secret, les rencontres, les excès et les histoires que l’on écoute jusqu’au bout, même lorsque l’on ne sait plus très bien où commence la réalité.

D’origine méditerranéenne, Marcel avait parcouru le monde avant de jeter l’ancre à Saint-Martin. Il avait trouvé une île à la mesure de son tempérament. Il appartenait à cette génération pour qui la vie devait se vivre intensément, sans retenue et sans jamais trop regarder derrière. Irma aura sonné le glas de cette époque, mais malgré tout, il a su garder son esprit de flibustier des mers, raconté dans un livre autobiographique, Marcel le Bienheureux. Quatre-vingts pages pour quatre-vingts années d’une vie incroyablement remplie. Ses voyages, ses amours, ses fantaisies, ses aventures… 

Marcel, c’était la bonne humeur incarnée. Une manière de profiter de chaque instant sans jamais regarder l’heure. Une façon de rire fort, de parler vrai et de toujours refaire surface quand la vie tentait de l’entraîner vers le fond. Un vieux flibustier des temps modernes qui avançait envers et contre tout, porté par son énergie et son irrépressible envie de vivre.

Son départ laisse aujourd’hui un vide particulier. Celui que laissent les figures populaires, les personnages hauts en couleur, ceux qui faisaient partie du décor autant que de l’âme de l’île. Beaucoup auront le sentiment qu’avec lui, c’est un morceau du vieux Saint-Martin qui prend la mer une dernière fois.

A 88 ans tu as largué les amarres pour ton dernier voyage. Que les alizés te soient favorables et que ton dernier mouillage soit rempli de lumière, de rhum et d’éternelles histoires à raconter. Adieu Pirate.       

Dernier clin d’œil !  

Pour tous ceux qui souhaiteraient lui dire au revoir une cérémonie sera organisée ce jeudi 21 mai à 13h aux pompes funèbres La Paix. Ces dames, en guise d’adieu, seront invitées à laisser sur place leur plus jolie culotte, ou leur string le plus sexy… pour que Marcel parte en toute sérénité !

Ann Bouard