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Les sargasses agacent

Par Ann Bouard
2 Juin 2025
Cul de Sac est l'un des sites les plus impactés à chaque saison.

Le sujet des sargasses agace, leurs conséquences sanitaires et environnementales inquiètent, mais dame Nature règne en maître. Sur les réseaux sociaux, la grogne monte et chacun y va de sa solution, plus ou moins réaliste.

Dans notre édition du 11 avril dernier, nous avions déjà fait un point complet sur leur origine, leur impact, et sur les différents rapports les concernant, de celui du GIEC à celui de la Cour des comptes. Mais également sur les actions régionales (SARG’COOP II en mars dernier) et sur les solutions envisagées localement. Depuis, force est de constater qu’il y a peu d’avancées dans leur ramassage et dans leur traitement alors que les échouements, eux, ne ralentissent pas la cadence. Mais existe-t-il une seule et unique solution efficace ? Ce fléau touche désormais une grande partie des îles de la Caraïbe, quasiment 5 mois par an.

A quoi s’attendre ?

Le bulletin de prévision de Météo France de lundi, indique que le pourtour des îles du Nord est déjà chargé d'algues, de nombreux radeaux se sont échoués ce week-end. Les arrivages concernent tous les littoraux exposés au flux d'est et aux effets de contournement. Ils sont plus ou moins répétitifs, voire localement continus. Aucune accalmie n’est prévue pour les jours à venir. Les échouements en cours vont se poursuivre. L'Atlantique reste chargé de sargasses, et elles continuent de proliférer.

En mer : Sargator ou filet ?

Face à ce déferlement nuisible, les solutions envisagées semblent parfois dérisoires. La Guadeloupe a fait le choix en 2019 d’intervenir en mer avec un navire collecteur de sargasses, le Sargator. Sa dernière version, capable de collecter 80 tonnes d’algues par heure, sera testée en Martinique le 15 juillet prochain. En effet, la Guadeloupe ne commande plus de bateaux. Une question d’efficacité ? Peut-être pas. En effet, les services de l’État contribuent à gérer le phénomène, en finançant notamment l’acquisition de matériel de collecte au bénéfice des collectivités qui en font la demande. Les communes, par le biais de marchés publics, privilégient le ramassage à terre.
À Saint-Martin, la Collectivité envisage depuis plus de deux ans la pose de filets déviants. Après étude de faisabilité, dont la restitution a été faite le 12 mai dernier, il résulte que le projet initial de 400 m de filets sur l’étang aux poissons et à Cul de Sac ne satisfera pas toutes les exigences, et c’est plus d’un kilomètre qu’il faudra déployer. Le marché en est au stade de l’analyse des offres. Viendra ensuite le temps des études environnementales préalables à l’implantation des barrages en mer, puis la phase d’implantation qui s’accompagnera de phases de contrôle et d’entretien. En substance, les barrages pourraient, au mieux, être déployés fin 2025 ou au 1er trimestre 2026, avec toutes les réserves liées au financement.
Ce système, déjà été testé en Guadeloupe avec 5 km de barrages flottants installés au large des communes concernées, n’est cependant pas efficace partout, pour maintes raisons (courants, houle, etc).
Les algues continuent donc d’être collectées à terre sur les sites les plus impactés. Néanmoins, l’ampleur des échouements est telle depuis quelques années que le marché de collecte de la Collectivité ne peut à lui seul résoudre la problématique.

Un 3e plan sargasses

Lors du prochain sommet des océans à Nice, nul débat sur le sujet, si l’on en croit le programme officiel. On ne peut qu’espérer que les dirigeants dont les territoires sont touchés montent au créneau pour que la lutte contre les Sargasses devienne une cause mondiale tout en s’attaquant aux causes du dérèglement climatique.
De son côté le gouvernement français lance un nouveau « plan sargasses » pour les Antilles. François Bayrou en a dévoilé les grandes lignes la semaine dernière, notamment le renforcement des moyens de collecte et de destruction. Cependant, l’implication exacte de l’État, dont les engagements financiers, n’a pas été dévoilée.
Mais outre leur ramassage, d’autres défis attendent les régions, ceux du stockage. Une problématique à laquelle est déjà confrontée la Guadeloupe et qui pourrait bientôt devenir une réalité à Saint-Martin. Les sargasses représentent une part importante des déchets de l’éco-site, et l’on connaît la problématique du manque d’espace. Seule solution pour résoudre le problème, les utiliser pour produire de l’électricité, mais là encore le projet Pi tarde à se concrétiser. Le « Sargasse Project », né à Saint-Barthélemy, qui visait à transformer les algues en pâte à papier ou carton, avait lui obtenu en 2020 le prix Innovation Outremer, mais n’avait pas reçu un accueil favorable de la Collectivité pour installer une première fabrique pilote.

Ann Bouard