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Une cohue de journalistes nationaux venue avec les ministres
Une cohue de journalistes nationaux venue avec les ministres

Une presse nationale peu objective une presse locale reléguée au dernier rang !

14 November 2017

Dans l’organisation draconienne mise en place autour du déplacement du premier ministre et de sa délégation lundi dernier, une faille ne nous aura pas échappée, celle de leur méconnaissance du terrain, et tout simplement de l’île et de ses valeurs …

Le premier ministre Edouard Philippe et ses ministres et secrétaires d’Etat sont arrivés à Saint-Martin dimanche dernier en fin de journée, entourés de tout un branle-bas de combat d’hommes et de femmes, une bonne centaine. Une véritable armée habituée à répondre aux ordres, aux mains et à l’œil. Parmi eux, des agents de sécurité, le staff habituel d’attachés de presse et de chargé de com’, et, plus de vingt journalistes de la presse nationale. TF1, LCI, BFMTV, Europe 1, Canal +, …
Tous des pontes de l’information. Oui, mais quelle information ? L’information de surface, celle qui fait vendre, celle qui met en avant le malheur des gens, celle qui dit que tout va bien ? Certainement pas celle qui reflète la réalité. Invitée de loin et du bout des lèvres parmi le cortège, et grâce à la force de persuasion des autorités locales (Merci aux services de Mme la préfète, à ceux du Président Gibbs, au lieutenant colonel Manzoni, et certainement d’autres personnalités locales encore), la presse locale a finalement pu participer à la représentation médiatique qui s’est invitée sur l’île en ce lundi 6 novembre. Mais de loin. Et en se faisant la plus petite possible. Avec pour consigne de surtout ne pas dépasser les lignes blanches fixées par le protocole parisien, et encore moins de poser des questions. Des questions pourtant qui brûlaient les lèvres, tant les attentes de Saint-Martin et de sa population sont fortes pour entamer son retour à la vie normale après le passage dévastateur de l’ouragan Irma.

La presse locale : les yeux et les oreilles de S aint-Martin depuis la catastrophe Irma

Pour autant, nous, journalistes de la presse locale, qui sommes habitués à parler librement, à interpeller les élus, les forces de l’ordre, les représentants de l’Etat, tout en observant bien évidemment le respect qui oblige aux fonctions, mais pas que, au respect de l’autre tout simplement, avons été quelque peu interpellés par ce qui se passe de l’autre côté du miroir, ou plutôt de l’Atlantique.
Car nous, nous sommes au fait de la vraie actualité de l’île. Nous étions là avant, pendant et après Irma. Nous sommes les yeux, les oreilles et aussi les porte-paroles des attentes de la population. Les journalistes de la presse nationale sont quant à eux muselés, verrouillés… et ne disent ou n’écrivent que ce qui est politiquement correct. Mais comment pourraient-ils faire autrement ? La vingtaine de journalistes venue avec la délégation ministérielle était dans l’avion de la république Française. Triés sur le tas, ils ne peuvent qu’acquiescer et tendre leur micro sans rien demander de plus. Bien contents, certainement, de faire partie du voyage. Et s’ils dépassent leurs prérogatives qui consistent à ne rien dire, à ne rien faire, uniquement à prendre les bons clichés, ils seront de toute évidence remerciés.

Un lissage de l’information

Pourquoi avoir voulu assister à une rentrée des classes dans une des écoles les moins endommagées de l’île ? Pourquoi être allé à la rencontre des commerçants du mall Aventura à Hope Estate, le seul immeuble de la zone encore debout ? Pourquoi ne pas avoir organisé une retransmission audio des discours prononcés afin que la population qui s’était regroupée en toute simplicité et sans animosité devant l’Hôtel de la Collectivité puisse écouter ce que le gouvernement avait à communiquer ? Et surtout pourquoi ne pas avoir organisé une véritable conférence de presse au cours de laquelle les journalistes auraient pu poser leurs questions ?
Des questions dont les réponses sont attendues par la population. Au lieu de cela, des discours solennels et qui ne laissaient pas la place à l’improvisation ont été prononcés par le président Gibbs et par le Premier ministre Edouard Philippe face à la seule presse et quelques personnalités triées sur le volet et autorisées à pénétrer dans l’espace sécurisé. Un effet voulu ? Celui de rendre compte au niveau national d’une île, certes dévastée, mais dont la population est dans la résilience ?
A ce stade de notre réflexion, on comprend mieux pourquoi les informations relayées au niveau national n’ont pas toujours été représentatives de ce qui s’est réellement passé à Saint-Martin, et de ce qu’il s’y passe encore.

Un petit tour et puis s’en vont… mission accomplie

Dès le lendemain, après un petit tour à Saint-Barth, tout ce staff a regagné ses pénates et sur les écrans nationaux, on peut entendre qu’à Saint-Martin, tout va à peu près bien même si les circonstances restent difficiles. Les enfants sont revenus sur les bancs de l’école, la vie, même si c’est durement, reprend peu à peu, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, grâce à ce formidable « Etat providence » qui a fait son job. Clap de fin. On passe à un autre sujet !  

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