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« Arrêtez-moi »… ou pas

« Arrêtez-moi »… ou pas

13 October 2020
Une femme pénètre dans un commissariat et avoue avoir assassiné son mari dix ans plus tôt, jour pour jour. Demain son crime sera prescrit… et l’inspectrice de garde y compte bien. La simplicité du pitch est inversement proportionnelle à l’intensité de ce huis-clos intimiste en milieu précaire.
 
Cette rencontre peu banale nait sous la plume de l’écrivain Jean Teulé dans le roman « Les lois de la gravité », paru en 2003. En 2013, Jean-Paul Lilienfeld adapte ce face-à-face initialement mixte au travers du film « Arrêtez-moi » magistralement interprété par Sophie Marceau et Miou-Miou. La prestation des deux comédiennes de la troupe « Les Têtes de l’Art » est dans la continuité de cette performance cinématographie : poignante et viscérale.
Valérie Bal est possédée par ce rôle de femme meurtrie par la culpabilité et meurtrière dans l’acte. Rongée par le silence, les cicatrices de ses blessures physiques et psychologiques infligées par feu son mari sont aussi visibles que perceptibles. La complexité du personnage incarné par Anna-Maria Scrimieri transporte le spectateur dans un voyage émotionnel puissant. Les motivations de cette policière nous paraissent nébuleuses donc frustrantes, son comportement vis-à-vis de cette potentielle prévenue évolue au fil des quatre actes de la pièce qui se surenchère elle-même en tension tantôt dramatique tantôt burlesque. Les rapports entre ces deux femmes fortes de leurs faiblesses s’inversent, s’affrontent puis se soutiennent pour ensuite se déchirer.
On ne sait plus à quel saint se vouer alors croyant ou non, on prie de concert avec les protagonistes quand une statue de la vierge se pose sur le bureau de la policière.
La confrontation au plus haut point de leur opposition entre cette femme meurtrière malgré elle et victime toute sa vie et cette autre femme abimée par la cruauté de son métier oblige presque le spectateur à prendre parti, non pour l’une ou pour l’autre mais pour les deux. Dans ce vital plaidoyer pour la femme, on souligne l’impact assourdissant de la mise en scène de Laurence Blanc, troisième personnage fantôme qui prend également ses traits dans un décor qui participe à nourrir cette ambiance de film noir. Le suspense est croissant, haletant, alors que le public est en apnée jusqu’au dénouement aussi inattendu qu’inespéré.
« Arrêtez-moi » est une pièce qui accuse, qui dénonce, qui défend, qui reproche, qui rapproche, qui dérange, qui lance le débat. « Arrêtez-moi » est une pièce qui assume jusqu’au baisser de rideau et bien au-delà.
Prochaines représentations à 20h au théâtre La Chapelle : samedis 17/10 et 24/10 ; vendredis 16/10 et 23/10. Entrées : 20€
Billets en vente au théâtre La Chapelle et à La Péninsule ou sur le site www.theatresxm.fr - infoline : 0690 54 20 50
 
VIOLENCES CONJUGALES, FLEAU MAJEUR
Le malaise indispensable que crée cette pièce est un appel hurlant à la conscientisation des violences faites aux femmes, les chiffres sont terrifiants : 210.000 femmes sont, chaque année, victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. En 2019 en France, on dénombre 146 féminicides (homicide d'une femme, d'une jeune fille ou d'une enfant en raison de son sexe). C’est 28 de plus qu’en 2018. ça concerne peut-être votre mère, votre fille, votre sœur, votre meilleure amie, votre voisine, ou vous-même aussi... A Saint-Martin, pour toute victime de violences conjugales ou témoin de ces violences, contactez l’association Trait d’Union France Victimes au 0690 37 84 01, via la page Facebook Trait d’Union France Victimes 978 ou par mail : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
 

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