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Affaire Groupe Deldevert : Mario Di Palma nous livre sa vérité

Affaire Groupe Deldevert : Mario Di Palma nous livre sa vérité

18 December 2020
Les rumeurs enflent, la haine gagne. Les copropriétaires bafoués et spoliés pendant les travaux de reconstruction des copropriétés s’organisent pour se défendre collectivement face aux agissements frauduleux dont ils disent être les victimes. Dans ce contexte, celui devenu pour bon nombre de personnes « l’escroc », « le Canadien mafiosi »…, celui qui a été malmené par des médias sans riposter, Mario Di Palma, souhaite désormais sortir de l’ombre et se livrer dans nos colonnes, dans cette interview exclusive, afin de rétablir en toute transparence et sans langue de bois, la vérité. SA vérité.
 
Le 97150 : Bonjour et merci Mario Di Palma de nous accorder cet entretien. Afin que nos lecteurs comprennent bien les tenants et les aboutissants de toute cette affaire nommée « Groupe Deldevert », reprenons l’histoire depuis le début : votre rencontre avec l’île de Saint-Martin.
 
Mario Di Palma : Bonjour, et merci de m’ouvrir vos colonnes afin que je puisse m’exprimer. En effet, j’ai découvert, en famille, l’île de Saint-Martin en 2007, et nous sommes tombés en amour avec ce territoire et ses habitants. Je suis un développeur de projets, un promoteur un peu visionnaire, et aussi un passionné. En 2009, lors d’une nouvelle visite à Saint-Martin, j’ai rencontré Daniel Gibbs, qui était alors élu de la majorité, vice-président de l’exécutif conduit par le président Frantz Gumbs. Nous somme devenus amis. Daniel a de l’ambition politique et il aime son île. Nous rêvons ensemble, un peu comme des gosses, d’un projet pharaonique pour développer Saint-Martin, en faire une île d’exception. Ma compagnie canadienne avait la capacité financière pour ce projet et d’autres investisseurs étrangers étaient prêts à nous suivre. C’est le fameux projet du front de mer de Marigot, et avec du recul je pense qu’il était trop ambitieux et il semblerait que ce projet ait effrayé les saint-martinois par son ampleur. Mais il a aussi été détracté par Jean-Paul Fischer, directeur général historique de la Semsamar, qui avait d’autres ambitions pour Saint-Martin et pour lui-même. Ça, c’est de la politique et moi je ne fais pas de politique, je fais des affaires. Bref, ce projet du front de mer n’a pas pu voir le jour. Mais Saint-Martin est toujours resté dans mon cœur. Quand Daniel s’est déclaré candidat aux élections territoriales de 2012, en tant qu’homme d’affaire, j’ai vu là aussi l’opportunité de participer au développement de Saint-Martin.
 
Le 97150 : Vous avez donc soutenu la campagne électorale de Daniel Gibbs en 2012. Comment ce soutien s’est concrétisé ?
 
M.DP : Malgré tout ce qui a été dit sur ce sujet, je dis haut et fort ici qu’il n’y a eu aucun soutien matérialisé par de l’argent pour cette campagne. Nous avons aidé Daniel à former sa capacité politique, à la structurer. Il est clair que nous avions un enjeu dans cette campagne, car s’il avait gagné cette élection, nous aurions été en mesure de travailler ensemble et donc de participer au développement de Saint-Martin. C’est là que notre intérêt était. Ce fut un soutien logistique, mais aucun soutien financier, ni légal, ni en dessous de table.
 
Le 97150 : On connait la suite, Daniel Gibbs a perdu l’élection territoriale de 2012, et s’est consacré à son mandat de député auquel il venait d’être élu. Puis, il a remporté l’élection territoriale de 2017 et, en septembre de cette même année, l’ouragan Irma a mis à terre une partie de ses promesses de campagne. C’est quelques jours après le passage d’Irma que vous réapparaissez dans le paysage saint-martinois. Quelles sont alors vos motivations ?
 
M.DP : Avec Daniel, pendant toutes ces années, on est toujours restés en contact proche. Au moment d’Irma, j’étais à Cuba, où je réside. En aparté, et pour faire taire une rumeur, je n’ai pas plusieurs passeports : j’ai un passeport canadien, mon pays d’origine, et je suis résident cubain, où je réside effectivement. That’s it ! Toutes ces histoires de passeports qui me permettraient de faire des tours de passe-passe fiscaux où je ne sais quoi, sont une fois de plus des élucubrations sorties de l’imagination de mes détracteurs. Et en première ligne, on retrouve Jean-Paul Fischer devenu depuis patron du journal Saint-Martin’s Week. Dans les colonnes de son journal, Jean-Paul Fischer et son rédacteur en chef, se sont acharnés à démolir mon image, à me faire passer pour un escroc. Mais je dois dire ici, que je n’ai rencontré qu’une seule fois Jean-Paul Fischer lors d’une assemblée générale de Sprimbarth où il était présent soi-disant comme conseil bénévole… Et je n’ai par ailleurs JAMAIS rencontré le rédacteur en chef. Jamais il n'est venu m’interviewer pour avoir ma version des faits et il s’est permis de publier des écrits sur moi sans jamais m’avoir contacté. Comment ont-ils pu raconter toutes ces histoires sur mes affaires ? Sans doute avaient-ils des intérêts pour me diffamer de la sorte…
Pour en revenir à votre question, au moment d’Irma, j’étais avec ma famille à Cuba. Nous nous contactons Daniel et moi, et il m’explique la situation et là je comprends que pour l’île c’est la catastrophe. J’envoie ma famille aux Etats-Unis et moi je décide de me rendre à Saint-Martin, que je découvre évidemment dévastée. Forcément, au-delà de la tristesse que j’éprouve à l’égard de tout ce désastre humain et matériel, je saisis qu’il y a des opportunités d’affaires à entreprendre. J’ai les moyens d’y participer.
 
Le 97150 : C’est là que vous tentez des rapprochements avec l’agence/syndic Sprimbarth ?
 
M.DP : Effectivement. A Cuba et ailleurs, avec mon ex-femme, nous travaillions en binôme, elle gérant d’importantes agences immobilières, moi en tant que développeur et apporteur d’affaires. A Saint-Martin, il y a entre 300 et 400 copropriétés, dont des grandes. Je sais alors que les agences immobilières/syndics de copropriétés vont recevoir d’importants montants d’indemnités des assurances pour les copropriétés. La femme de Daniel Gibbs travaille à Sprimbarth et elle me présente le gérant, Jean-Paul Clerc. Cette agence et le syndic ne sont pas au meilleur de leur forme, mais le syndic gère une centaine de copropriétés. Je fais une proposition de rachat. Nous entrons en négociation avec Jean-Paul Clerc et je verse 500 000 € sur le compte séquestre de Maître Lacassagne, qui nous représentait alors tous les deux, à l’époque. J’indique toutefois vouloir réaliser un audit de l’agence avant de signer définitivement. Les résultats de cet audit sont peu encourageants, et de surcroît, Jean-Paul Clerc me demande de garantir les affaires qui seraient antérieures à la date de reprise.
Au final, l’affaire ne se conclut pas. Mais pendant la négociation, j’avais introduit dans Sprimbarth l’une de mes collaboratrices, Victoria, que je rémunérais sur mes deniers, afin de gérer l’ensemble des dossiers avec les experts d’assurances, les négociations entre experts d’assurances et d’assurés, etc. Elle a fait un travail remarquable et est parvenue à renégocier tous les contrats à la baisse en réduisant le pourcentage rétribué à l’architecte et au maître d’œuvre de 6.5% à 5%. Je pense que Victoria a par ailleurs contribué pour beaucoup à rétablir les affaires de Sprimbarth, mais Jean-Paul Clerc et sa compagne, Bénédicte Bichot (qui est quand même la sœur de Gaultier Bichot, patron de SEICMO, l’entreprise qui a raflé la majeure partie des contrats de construction signés par Sprimbarth…) ne s’en vantent pas, et ils ont préféré dénigrer le travail de Victoria en affirmant qu’elle n’avait fait que torpiller les fichiers « copropriétés » de Sprimbarth. Comme la négociation ne s’est pas conclue, Victoria a quitté Sprimbarth. Cette première approche avec Sprimbarth m’a coûté beaucoup d’argent, car j’ai investi pour participer à son développement. Et par ailleurs, je n’ai pas récupéré l’intégralité des 500 000 € que j’avais versés sur le compte séquestre de Maître Lacassagne. Nous nous sommes rapprochés par la suite de l’agence/syndic Sunsea/Gescap, laquelle, je précise, n’a signé aucun contrat de reconstruction de copropriétés avec Groupe Deldevert ou Omnigate Construction.
 
Le 97150 : L’affaire n’étant pas conclue avec Sprimbarth, c’est là que vous vous rapprochez des sociétés de construction locales, Betonworks, Deldevert ?
 
M.DP : Oui et non. Sprimbarth me permettait de me rapprocher des copropriétés qui devaient être reconstruites. Mais il fallait également que je puisse me rapprocher d’entreprises françaises, car ma holding Omnigate Internationale dont je suis le président n’est pas une société de construction. Je rencontre donc le dirigeant de Betonworks, Olivier Barny, qui me certifie détenir la garantie décennale, obligatoire. Cette société n’est pas non plus très fleurissante à ce moment-là. Toutefois, pour entreprendre la reconstruction, il faut cette garantie décennale. On fait affaire avec Betonworks, Omnigate Internationale entre dans le capital pour 90% des parts, Olivier Barny conserve 10% des parts et reste gérant de Omnigate Construction, avec un salaire de 7500€ mensuels, un véhicule de fonction, etc…
Cependant, je découvre rapidement que la garantie décennale de Betonworks n’est pas valable pour un territoire français ! Je dois trouver une autre solution et c’est là que je rencontre Guy Deldevert et Alex Koenig. La société Deldevert détient ce fameux sésame pour travailler en toute légalité sur le territoire français, la garantie décennale.
 
Le 97150 : Mais la société Deldevert est aussi à ce moment-là en mauvaise passe, puisqu’elle est en situation de redressement judiciaire…
 
M.DP : C’est exact ! Mais cette société est l’une des seules à détenir cette garantie décennale, j’engage donc ma compagnie Omnigate Internationale à reprendre et solder les dettes de la société Deldevert, environ 450 000 euros, selon le cabinet comptable de cette société. Une dette qu’il fallait solder en 4 ans, et je rembourse immédiatement une première partie, 125000 €. Nous faisons un nouveau montage : c’est là qu’est né le Groupe Deldevert, avec Omnigate construction dont j’ai 90% des parts qui entre dans le capital à 80%, 5% des parts reviennent à Guy Deldevert et 15% à Alex Koenig. Ce dernier reste le gérant du Groupe Deldevert. Par la suite, j’ai appris que la dette totale et réelle de la société Deldevert était de plus de 1M€… Il faut savoir aussi que, malgré tout ce qui a été dit, les dirigeants de Betonworks et de Deldevert ont alors pu retrouver à ce moment-là des niveaux de vie beaucoup plus confortables que ceux qu’ils avaient avant de me rencontrer, et surtout je les ai aidés à sortir de spirales qui devaient les conduire inévitablement vers la faillite. Guy Deldevert a eu un salaire mensuel de 3000 € mois, plus voiture, plus un compte de dépenses au nom du Groupe Deldevert ; Alex Koenig était à 5000 € par mois, avec aussi voiture de fonction plus des avantages divers…
Tous ont profité de nombreux avantages que le Groupe leur a procurés, sans compter les multiples billets d’avions payés par le Groupe Deldevert. Mais c’est ainsi, dès qu’il y a de l’argent en jeu, les rapports sont faussés et deviennent malsains. Je suis peut-être trop naïf et pense avoir des amis, mais avec l’argent en jeu, on n’a pas d’amis…
 
Le 97150 : Le Groupe Deldevert étant constitué, quels sont les contrats que vous avez signés pour la reconstruction des copropriétés ?
 
M.DP : Là, on rentre dans le vif du sujet. Le quidam pense que Groupe Deldevert a remporté la majorité des contrats des copropriétés. Mais c’est faux. Pourtant, nos propositions commerciales étaient bien souvent parmi les plus basses… Or, toute l’organisation mise en place autour des syndics, avec des architectes sans scrupules, dont Gilles Laffay en tête, des maîtres d’œuvre pas très honnêtes non plus… Bref tous ceux qui sont commissionnés sur les enveloppes financières attribuées par les assurances ont voulu faire des sur-tarifications pour bien sûr gagner toujours plus au détriment des copropriétaires, des entreprises sous-traitantes, et bien sûr des personnes qui travaillaient pour elles. Il faut savoir que Groupe Deldevert a remporté pour un total d’environ 10M€ de contrats, répartis sur moins de 10 copropriétés, alors que Saint-Martin compte environ 350 copropriétés. Les plus gros contrats remportés par Groupe Deldevert ont été la copropriété de La Lagune (2.2M€), les Portes de Saint-Martin (2.2M€), Port Caraïbes (1.8M€), le Yacht Club (1.1M€). Le syndic Sprimbarth a remporté je pense quant à lui au minimum 50 M€ de contrats pour une centaine de copropriétés, sur lesquels ils étaient commissionnés à 2% ! Des contrats qui ont pour la plupart été signés avec l’architecte Gilles Laffay (Atelier 111) et la SEICMO, dont le dirigeant est Gaultier Bichot, le beau-frère de Jean-Paul Clerc. Beaucoup de ces contrats signés entre Sprimbarth, Atelier 111 et SEICMO ont été signés le 10 octobre 2017… Un mois après Irma, alors qu’à cet moment-là, personne n’avait ni l’eau, ni l’électricité et que beaucoup de gens n’avaient encore rien à manger ! Et vous pensez vraiment qu’en un mois seulement, dans les conditions que nous connaissions à ce moment-là, les experts d’assurance avaient déjà rendu leurs rapports pour plus d’une quinzaine de copropriétés, et que Sprimbarth avait eu le temps matériel de réunir les assemblées générales ? Je vous laisse faire les déductions…
 
Le 97150 : Que s’est-t-il passé concrètement avec les chantiers du Groupe Deldevert qui ont été abandonnés en cours ?
 
M.DP : C’est simple, les syndics et principalement Sprimbarth avec lequel Groupe Deldevert avait ses 3 plus gros contrats (Portes de Saint-Martin, La Lagune et Port Caraïbes) ont tout simplement cessé de payer Groupe Deldevert ! Je vous explique : Après avoir signé les contrats, nous avons reçu entre 20 et 50% de la somme totale du contrat, ce qui nous a permis d’acheter les matériaux et tout le matériel nécessaire, d’embaucher le personnel puis de démarrer les chantiers. Je précise ici que Groupe Deldevert a embauché environ 190 salariés dont une centaine d’ouvriers étrangers, pour lesquels les billets d’avion pour venir à Saint-Martin ont été payés par le Groupe, puis les logements, les véhicules.
Au total, nous avons loué une trentaine d’appartements et 30 à 40 voitures. Tout cela a coûté énormément d’argent… Rien que pour les salaires, nous étions à environ 500 000 € par mois. Il était prévu dans les contrats qu’à chaque facturation établie mensuellement, nous déduisions 50% du montant facturé pour rééquilibrer avec l’avance reçue. Tout s’est bien passé les premiers mois, jusqu’au jour où, sur un contrat, celui de la copropriété des Portes de Saint-Martin, l’architecte a refusé de nous payer, soi-disant parce qu’il y avait des malfaçons. Or, dans la pratique courante, dans tous les contrats de ce type, il y a une réserve de 5% prévue justement pour couvrir les malfaçons. Nous étions en décembre, 2018, et je n’imaginais pas ne pas payer mes équipes, ni les sous-traitants. Nous avons malgré tout décidé de continué ce chantier. Et l’architecte a ensuite décidé de réduire le contrat total de 400 000€… Le syndic est allé jusqu’à évoquer une coupe de 600 000 € sur le contrat. Du jamais vu sur des contrats forfaitaires comme ceux-là. Et le même procédé s’est déroulé sur les autres chantiers signés avec Sprimbarth et Atelier 111. Au final, dès juillet 2019, Groupe Deldevert ne rentrait plus d’argent alors que les chantiers étaient toujours en cours. Nous avons donc décidé de stopper l’hémorragie financière et de tout arrêter, alors qu’il nous restait à récupérer 1.9M€ sur les contrats signés.
 
Le 97150 : Et vous avez pu régler toutes les équipes qui travaillaient ?
 
M.DP : Non. Nous avions une dette de 300 000€ envers nos fournisseurs dont 100 000€ envers un seul d’entre eux. Mais nous avons toutefois mis un point d’honneur à payer tous les salariés qui ont ensuite été licenciés en bonne et due forme. A la suite, Groupe Deldevert a été mis en liquidation. Aujourd’hui, cela me fait mal quand j’entends dire que les copropriétaires pensent que nous les avons volés, c’est la raison pour laquelle je souhaitais rendre publique toute l’histoire. Et voir encore tous ces travaux de copropriétés inachevés m’attriste énormément. Mais je vous assure que tout ce beau monde qui gravite autour de ces chantiers des copropriétés, ce n’est pas du « joli-joli ».
 
Le 97150 : On a dit aussi que vous aviez fui Saint-Martin… Ou bien que vous allez vous enfuir… Ou encore que vous ne circulez plus en partie française ? Que répondez-vous à cela ? Et quels seront vos mots de conclusion à cet entretien ?
 
M.DP : On parle beaucoup trop sur moi ! Mais non, depuis ces 3 dernières années, j’ai du m’absenter deux ou trois semaines, pour aller voir mes enfants, ma famille. Et je ne compte pas partir de sitôt. D’abord je tiens à faire face à mes responsabilités, et ensuite, j’aime cette île et ses habitants. On dit de moi que je suis un escroc, que j’ai volé beaucoup de monde, alors pourquoi n’ai-je jamais été inquiété par les autorités françaises ? J’ai demandé à plusieurs reprises un entretien avec la préfète Sylvie Feucher pour lui expliquer toutes ces affaires et ce qu’il s’est réellement passé. La préfète a tout fait pour éviter cet entretien. Pourquoi ? J’ai par ailleurs tenté de rencontrer à plusieurs reprises les conseils syndicaux des copropriétés et leur président, mais cela m’a toujours été refusé par le syndic.
Evidemment que je circule librement et en toute sérénité en partie française de Saint-Martin. En revanche, et pour conclure, ce dont je suis à peu près certain et c’est bien dommage, c’est que je ne veux plus rien créer ni avoir de projets sur la partie française…
Propos recueillis par Valérie Daizey
 

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