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Sandy Ground en colère

Par Ann Bouard
19 January 2026

L’interpellation musclée et la mise en garde à vue hier d’un jeune de Sandy Ground, suite à des échanges verbaux injurieux envers les gendarmes, ont exacerbé les tensions dans le quartier et conduit au blocage du pont de Sandy Ground lundi matin. Au-delà des versions divergentes des protagonistes des faits, le manque de communication d’une part, et le sentiment d’être stigmatisé d’autre part jettent de l’huile sur le feu.

Depuis le début du week-end, la gendarmerie effectuait des contrôles filtrants à l’entrée et à la sortie de Sandy Ground. Dimanche soir, les forces de l’ordre étaient positionnées à la sortie du pont de Sandy Ground. Des tensions avec les jeunes installés en face et des insultes et crachats pendant plus d’une demi-heure, ont conduit les gendarmes à interpeller un jeune homme. Celui-ci aurait été emmené sur le petit parking où étaient stationnées les voitures des militaires et son arrestation a été très musclée. Pour se défendre, le jeune homme a mordu deux des gendarmes au sang. Selon certains témoins de la scène, les gendarmes l’auraient alors frappé violemment. Il a été placé en garde à vue le soir même et examiné par un médecin, comme le veut la procédure. Ce dernier a indiqué que son état de santé était compatible avec une garde à vue. La manière dont s’est déroulée son interpellation et sa détention ont déclenché la colère des habitants du quartier.

Lundi matin, des barrages de poubelles, panneaux routiers, détritus et une voiture incendiée bloquaient l’accès au pont interdisant toute circulation. La condition pour lever le barrage était la libération du jeune homme interpellé. Celui-ci a été libéré à 10 h et ramené au pont de Sandy Ground. Cependant, à sa descente de la voiture de gendarmerie, il semblait boiter et se tenait le ventre, visiblement affaibli. Les pompiers ont dû intervenir pour le transporter à l’hôpital. Un état de santé qui, bien entendu, a inquiété la population sur place, car résultant selon eux de son passage à tabac la veille au soir par les gendarmes. La population demande à ce que les vidéos des caméras-piétons des gendarmes soient produites pour confirmer leurs dires.

Incompréhension et manque de communication

Le dispositif mis en place a été perçu par les résidents comme une stigmatisation de la population de Sandy Ground, placée sans cesse sous surveillance et à l’origine de tous les méfaits. La gendarmerie n’avait en effet pas communiqué sur le pourquoi de ces contrôles. En l’espace de deux semaines, des caillassages ont été constatés, sept car-jackings se sont produits sur le secteur et vendredi soir le pire a été évité, un tir d’arme à feux ayant traversé la voiture de touristes, évitant de peu l’un des passagers. Des raisons qu’une partie de la population a découvert de la bouche du commandant de la gendarmerie avec surprise. Les faits se produisant à la sortie du quartier dans la zone de Baie Nettlé, les habitants demandent à ce que les contrôles soient faits sur ce secteur et avant le pont de Sandy Ground, afin de ne pas susciter les confrontations avec les résidents du quartier.

Ouverture d’une enquête

Le Président Mussington s’est rendu sur place dans la matinée, suivi peu après par le Préfet qui a expliqué à nouveau le contexte et la nécessité de ces contrôles. Les représentants de quartier ont ensuite été reçus à la Préfecture lundi à 15 h, en présence de Louis Mussington, de la procureure Marie-Lucie Godard, du lieutenant-colonel et commandant de la gendarmerie, Hugues Loyez, de la police territoriale… afin de trouver des solutions pour un retour au calme. Plusieurs thèmes ont été abordés lors de cette réunion, dont la délinquance qui ne doit pas être attribuée systématiquement aux habitants de Sandy Ground quand il se passe quelque chose dans le quartier, mais aussi les dispositifs mis en place comme dans le cas présent suite à des vols à main armée et qu’il est nécessaire d’expliquer. Cette réunion s’est conclue sur la promesse d’une enquête afin de déterminer si, oui ou non, il y a eu des violences policières. La délégation s’est rendue un peu avant 17 h sur les lieux du barrage, pour expliquer les conclusions de ces échanges. La procureure, qui a compris la nécessité d’ouvrir rapidement l’enquête (à la condition que le jeune homme porte plainte), a ainsi expliqué directement à la population présente qu’elle prendrait en compte tous les éléments matériels dont les vidéos des caméras des gendarmes, sans toutefois pouvoir s’engager fermement sur la durée de l’enquête.
Le Président Mussington en parlementant a obtenu de son côté que la situation se calme. Le jeune homme impliqué dans cette affaire est rentré chez lui en fin d’après-midi après avoir passé une partie de la journée à l’hôpital. Quant aux circonstances de son arrestation, son état d’ébriété et tous les éléments extérieurs qui ont conduit à cet incident, c’est donc désormais à la justice de s’en saisir pour faire toute la lumière sur les faits.
Le barrage a finalement été levé en fin de journée, avec l’image assez cocasse du Président de la Collectivité qui, pour donner l’exemple, a empoigné un balai pour enlever les gravats, promptement suivi par le Préfet, le secrétaire général et la directrice de Cabinet… et ainsi montrer l’exemple pour calmer les esprits et pour que le cours normal de la vie reprenne pour chacun.       

Ann Bouard