JUSTICE

Prédateur sexuel récidiviste

Prédateur sexuel récidiviste

15 June 2021
C’est la seconde fois que ce jeune homme de dix-neuf ans arrive au tribunal, en comparution immédiate, depuis le début de l’année. La seconde fois en quatre mois qu’il s’en prend à des femmes, sexuellement et sous la menace d’une arme.
 
Déjà condamné par le tribunal pour enfants en 2017 pour vol et recel, puis en 2018 pour les mêmes faits en récidive, il avait été soupçonné d’agression sexuelle et de viol dès l’âge de quinze ans, mais à l’époque sa culpabilité n’avait pu être prouvée. Le 6 février dernier à Friars Bay, l’homme avait poursuivi une gendarme en civil, sexe à la main tout en la menaçant d’une paire de ciseaux. Il avait été arrêté cinq jours plus tard et condamné à dix-huit mois de prison, dont six assortis d’un sursis probatoire de deux ans et l’obligation de se soigner, entre autres. Il avait été inscrit au fichier judiciaire des auteurs d'infractions sexuelles et violentes, mais l’homme n’avait pas été incarcéré.
 
Agression sexuelle et tentative de meurtre
 
Jeudi dernier, il devait répondre de quatre chefs d’inculpation : violation de domicile, exhibition et agression sexuelles en récidive, vol avec violence. Le 1er juin, il s’introduit dans une maison à Pic Paradis, par la fenêtre et entre dans la chambre d’une jeune femme endormie. Pantalon baissé, exhibant son sexe, il l’oblige à le toucher, puis tente de la violer. Elle réussit à lui échapper, mais l’homme l’a prend en chasse et essaye de l’étrangler. Dans la cuisine, il se saisit d’un couteau et lui demande « de remonter, pour être plus tranquille ». La jeune femme parvient tout de même à s’enfuir dehors et crie à l’aide. Les voisins alertés la trouveront à demi-nue avec des ecchymoses sur tout le corps et des marques de strangulations. L’avocate de la victime indique que l’homme guettait sa victime depuis plusieurs jours et qu’il s’agit là d’une tentative de viol et de meurtre.
 
Affaire isolée ou agressions en série ?
 
L’avocate, va également soulever plusieurs points nébuleux lors de son intervention. Le couteau utilisé par l’homme a été détruit par le parquet, alors que l'ADN aurait pu permettre de requalifier les faits en tentative de meurtre. Quand il est auditionné par les gendarmes, il affirme d’ailleurs « elle ment sur moi, je vais lui tirer une balle ». Elle estime que l’enquête a été menée trop hâtivement et que ces faits pourraient être reliés à d'autres, similaires. En effet, le 6 juin, une femme résidant aussi à Pic Paradis s’est présentée à la gendarmerie pour déposer plainte car l’homme aurait tenté de s’introduire chez elle. Les gendarmes ont refusé la plainte et seule une main
atteste du passage de cette femme. L’année dernière à Colombiers, une autre femme a été violée selon le même mode opératoire. L’avocate est convaincue d’avoir affaire à un agresseur sexuel en série. Elle réclame la reconnexion des différents dossiers, une nouvelle audition de l’agresseur, une reconstitution des faits, l’audition de la voisine, le rapprochement ADN entre les différentes affaires et une expertise de la victime. Elle demande un supplément d’information afin qu’il ne soit pas jugé le jour même car si tel était le cas, les recoupements ADN et le lien avec d’autres agressions ne seraient plus possibles.
L’avocate de l’agresseur estime également que l’affaire n’est pas en état d’être jugée car si on le qualifie de prédateur sexuel, il serait nécessaire de pratiquer une expertise plus poussée, car son client aurait alors besoin non pas d’une incarcération, mais de soins.
 
Complexité de l’affaire et de la justice
 
Le procureur n’est pas du même avis et précise que le parquet a l’opportunité des poursuites et que l’on ne peut pas reprocher les lenteurs de la justice puis sa célérité. Il y a eu 48h de garde à vue, donc 48h d’enquête. L’homme a été entendu à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’il reconnaisse les faits et une expertise psychiatrique a été faite. Selon lui une ouverture d’information n’apporterait rien de plus puisque les magistrats disposent de tous les éléments pour travailler en toute sérénité. Après délibération le tribunal accède aux demandes des parties, contre l’avis du procureur, s'en référant à l'article 397-2 alinéa 1.
En clair, le tribunal estime que la complexité de l'affaire nécessite des investigations supplémentaires approfondies et renvoie le dossier au procureur de la République.
 

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