ENVIRONMENT

Sargasses : une situation ubuesque qui perdure. A qui la faute ?

Sargasses : une situation ubuesque qui perdure. A qui la faute ?

04 June 2021
Il aura fallu attendre début mai pour que les premières sargasses soient enlevées. Problèmes administratifs ou d’exécution du marché public, retards ou absence de paiement des entreprises … les raisons évoquées divergent selon les interlocuteurs. Au bout du compte, ce sont les riverains qui pâtissent de ces dysfonctionnements. Pour clarifier la situation nous avons interrogé les différents protagonistes de ce dossier sans fin, les deux entreprises en charge du ramassage et la Collectivité de Saint-Martin.
 
Le principe aurait pu être simple : la Collectivité passe un marché avec deux entreprises, qui tout au long de l’année interviennent pour enlever les sargasses au fur et à mesure de leur échouement. Le contrat est conclu pour trois ans. La DEAL de Guadeloupe publie chaque semaine un bulletin d’information sur les arrivées potentielles de radeaux de sargasses … il suffit d’anticiper.
Au final, les sargasses arrivent, mais pas les règlements des factures ce qui génère des retards, des injonctions et un mécontentement de tous.
 
La Collectivité n’est pas satisfaite
 
Du côté de la Collectivité, les services compétents nous indiquaient le 21 mai dernier qu’il y a deux situations distinctes selon les entreprises. Pour Janky Environnement, les huit mois qui lui étaient dus ont été payés et il ne reste à payer que la dernière phase d’intervention, sur deux semaines en mai, pour laquelle l’entreprise doit envoyer sa facture.
Pour l’entreprise GTN, il semblerait que l’entreprise ne remplisse pas les conditions du marché. Elle est intervenue à partir du 11 mai, mais toujours selon la Collectivité, en n’utilisant pas ou en ne mettant pas à disposition le matériel requis. Elle reproche également à cette société d’effectuer une partie du ramassage manuellement. Des discussions seraient en cours pour voir comment améliorer les choses, mais dans l’attente les règlements risquent d'être compliqués. Au 21 mai, la Collectivité estimait que les arrivages au large des côtes étaient assez faibles, et qu’il n’y avait donc pas d’urgence, mais que de gros arrivages étaient prévus en fin de mois. Le ramassage, notamment sur Cul de Sac, reprendrait donc à partir de là. Nous y sommes.
 
Janky Environnement et GTN : la réponse des entreprises
 
Janky Environnement confirme avoir été payé, mais … à hauteur de 50% seulement du montant total des factures émises depuis 2019 ! Didier Janky souhaite cependant trouver une solution à l’amiable avec la Collectivité. La reprise du travail était programmée ce mercredi dernier.
La société GTN, elle n’a toujours pas perçu de règlement depuis 2019. Georges Gumbs souligne des incohérences administratives dans le traitement de ce marché par la Collectivité. En effet, son entreprise, tout comme celle de Guadeloupe, a répondu à l’appel d’offre de la Collectivité sur les six lots concernés par les sargasses. Au final, le marché a été scindé en deux, quatre lots pour GTN et deux lots pour Janky Environnement. Cette dernière est tenue de collecter les sargasses et de les emmener à l’éco site alors que GTN doit les étaler plus loin sur les sites, afin qu’elles sèchent et soient ensuite dispersées naturellement. Donc nul besoin de mettre à disposition un camion de 20 tonnes comme stipulé dans le contrat, puisqu’aucun enlèvement n’est exigé. Quant à l’engin requis pour le ramassage, Georges Gumbs dit disposer de cette machine.
D’autre part, sur le site de Mont Vernon, la géologie même de la plage, fait qu’il est impossible de récolter les sargasses en bordure de dénivellation du sable de manière efficace avec une machine et qu’une collecte manuelle serait plus appropriée (on ne reparlera pas des brigades vertes si vite oubliée ou du cahier des charges édité par la DEAL qui stipule que « le ramassage manuel doit être privilégié »).
Outre ces problèmes de matériel, la société GTN dénonce aussi les procédures de la Collectivité qui ne respecteraient pas le protocole mis en place au début du marché notamment dans l’édition et l’envoi des bons de commandes et des ordres de services, qui bien souvent interviennent après que le travail soit fait, alors qu’ils devraient l’être en amont. Or, ce sont les dates de ces documents qui liés aux factures déterminent si celles-ci doivent être réglées … ou pas. Les factures envoyées par GTN ne sont pas signées, ce qui vaut accord de service fait, et donc ne peuvent être réglées. Georges Gumbs indique qu’il a adressé une trentaine de courrier à la Collectivité, restés sans réponse, pour savoir ce qui lui est reproché. A la demande de la Collectivité, un comité de règlement amiable a été sollicité et devrait rendre un avis en septembre.
 
Conclusion ? pas de temps mort pour les sargasses
 
Le bulletin du 31 mai de la DEAL faisait état de nombreux radeaux aux abords de la Barbade et tout le long de l’arc Antillais, en remontant vers le nord. Des petits échouements sont arrivés dès le début de la semaine et depuis mercredi des radeaux éparses sont bien visibles le long des côtes et continuent de s’échouer. De nouveaux échouements sont prévus dans les prochains jours.
Malgré tout aucune activité d’enlèvement n’était visible mercredi soir à Cul de Sac et la plage de Mont Vernon n’était toujours pas nettoyée …
 
Le Collectif anti-sargasses se pose en sentinelle
En avril, les riverains des littoraux impactés par les sargasses ont décidé d’agir en créant un collectif. « Saint-Martin Collectif Anti Sargasses » a pour objectif de trouver des solutions pour remédier efficacement à ce problème devenu récurrent sur l’île. Mais l’idée est, selon l’initiateur de ce collectif Bruno Lebre, que nous avons également rencontré, de faire aussi pression auprès des autorités pour que le ramassage des algues soit effectué de manière beaucoup plus régulière.
Les algues ont en effet une incidence économique directe pour les propriétaires des appartements situés à proximité des plages où elles s’échouent. Les gaz qui en émanent altèrent les équipements, régulièrement en panne ou définitivement détruits, une charge supplémentaire pour les propriétaires, ou les locataires, sans compter les effets incommodants pour la santé de tous.
L’année dernière il a fallu attendre le mois d’août pour qu’enfin quelque chose soit fait. Les gens étaient sidérés et subissaient jusqu’à présent. Avec ce Collectif ce ne sera plus le cas, et ces riverains concernés entendent bien faire ce qu’il est nécessaire pour que ce problème environnemental soit pris en considération par la Collectivité de Saint-Martin, puisque cela relève de sa compétence.
La première action du Collectif a été de prendre contact avec la DEAL de Guadeloupe afin qu’elle ajoute un bulletin de prévision des échouements spécifique pour les îles du nord lors de la publication bihebdomadaire des prévisions sur son site internet … ce qui est le cas depuis le 25 mai ! 
 

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