ECONOMIE

BTP : « Ne pas regarder le train passer »

BTP : « Ne pas regarder le train passer »

13 mars 2018

Les débats de l’assemblée générale de l’association du BTP qui réunissait une quinzaine de membres jeudi dernier à la CCISM, se sont rapidement tournés vers la problématique de la concurrence jugée déloyale exercée par les entreprises extérieures au territoire.

Les représentants d’une quinzaine d’entreprises locales du bâtiment public réunis dans la soirée de jeudi dernier, s’accordaient tous à dire « qu’il y a du travail, beaucoup de chantiers… mais nous ne sommes pas sollicités. Ce sont les sociétés extérieures, des grands groupes qui récupèrent les marchés et les chantiers, et elles sont plus concurrentielles car n’ont pas les mêmes charges que nous ». En effet, de nombreuses entreprises extérieures à l’île sont arrivées de la Martinique, la Guadeloupe, la France métropolitaine, mais aussi de l’Europe et du Canada, pour prêter main forte à la reconstruction. Une véritable manne qui pourrait faire osciller entre 2 et 3 milliards d’euros les sommes en jeu. Et les entreprises locales ne souhaitent pas être mises à l’écart et veulent tirer elles aussi profit des chantiers de la reconstruction.

Contrôler la régularité des chantiers

Les entreprises du BTP dénoncent dans un premier temps la concurrence déloyale exercée par les entreprises extérieures, qui ne sont assujetties ni à la TGCA, ni à la patente, qui bénéficient de surcroît de subventions à l’embauche à travers le dispositif du CICE et qui peuvent également profiter des avantages fiscaux de Saint-Martin, notamment avec un taux d’imposition sur les sociétés inférieurs à celui de la Métropole, ou des autres départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane …). Si la Collectivité a récemment fait un appel à ces entreprises pour qu’elles créent un établissement secondaire à Saint-Martin et deviennent pour le coup identifiable par les services fiscaux, les entreprises du BTP craignent toutefois que cette mesure ne soit pas suivie d’effet si aucun contrôle n’est réalisé. Les membres de l’association du BTP proposaient de se charger de faire ces contrôles en se rendant sur les chantiers et de procéder à des dénonciations. « Nous sommes conscients que les entreprises locales ne pourront assurer seules la reconstruction. Nous ne sommes pas contre l’arrivée d’entreprises, mais nous ne voulons néanmoins pas rester sur le carreau à les regarder. Nous avons nos parts de marché à récupérer. Et nos entreprises font travailler de nombreuses personnes. Saint-Martin a besoin de nous », indiquait Franck Fleming, président de l’association.

S’organiser pour faire front

Si en d’autres temps on les a connues plus virulentes, et prêtes à opérer à des blocages sur le territoire, ces entreprises engagent aujourd’hui une autre réflexion, celle de faire front face à l’adversité en s’unissant et en s’organisant: « Nous devons nous regrouper, et tous ensemble nous serons plus forts pour faire entendre notre voix », clamait Franck Viotty, membre du bureau de l’association du BTP.

Créer un annuaire regroupant les corps de métiers

L’association en appelle à tous les corps de métiers dans le bâtiment à venir les rejoindre, pour travailler ensemble à la reconstruction. Dans un besoin d’être facilement identifiés, tant par les particuliers que par les organismes professionnels, l’association du BTP envisage la création d’une sorte d’annuaire local répertoriant toutes les entreprises et les artisans locaux. Ainsi, en cas de besoin de reconstruire son habitation, ou encore un bâtiment professionnel, les maîtres d’ouvrage peuvent se référer à ce document pour faire appel aux entreprises locales.

Des prix référencés

Enfin, face à la critique récurrente mettant en exergue une hausse des prix pratiquée par les entreprises du bâtiment, l’association évoquait l’idée de créer un document référentiel de prix que toutes appliqueraient. « On ne peut pas nous accuser d’avoir augmenté nos tarifs, puisqu’ils sont les mêmes que ceux que nous appliquions il y a 12 ou 15 ans, et pourtant les charges sociales et le coût du travail ont augmenté. Toutefois, il est aisé pour les entreprises extérieures qui ne sont pas assujetties aux mêmes taxes que nous, d’être plus concurrentielles…» S’inscrivant dans cette logique de réflexion commune et de regroupement entre elles, les entreprises locales du BTP n’écartent cependant pas la possibilité d’avoir à recourir à de nouveaux blocages si elles ne sont pas entendues. 

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