Crise électrique à Saint-Martin : quelles solutions ?
Depuis plusieurs mois, l’île est confrontée à une crise électrique sans précédent. Coupures programmées, délestages imprévus et recours à des groupes électrogènes rythment désormais le quotidien. Derrière ces difficultés, plusieurs facteurs se combinent, révélant une fragilité structurelle du système énergétique local, mais des pistes de solutions émergent.
Pour rappel, la centrale EDF de Galisbay, cœur du dispositif, compte trois tranches de production. La plus ancienne, en fin de vie, ne fonctionne plus que de manière exceptionnelle, par dérogation préfectorale, et aurait dû être remplacée depuis plusieurs années. En janvier 2025, Albioma a racheté la tranche 2, qui nécessite une rénovation prévue dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), non signée à ce jour. Quant à la troisième tranche, la plus récente, elle est équipée de trois moteurs Hyundai, dont un est très abîmé et deux présentent un défaut constructeur selon EDF.
Réparations en cours
Après un an de procédures, un protocole d’accord a été signé en juillet avec Hyundai et la pièce défectueuse, qui ne pèse pas moins que dix tonnes, est arrivée en septembre. Sept techniciens coréens ont été dépêchés à Saint-Martin et sont à l’œuvre depuis le 6 octobre pour réparer ce premier moteur. Une intervention très lourde et compliquée, qui nécessite plusieurs semaines de travaux. Sa remise en service est attendue dans les tout premiers jours de janvier. Les pièces des deux autres moteurs vont être expédiées par bateau d’ici la fin du mois, afin de terminer la réhabilitation de la totalité de la tranche 3. Résultat, la capacité de production, aujourd’hui largement amputée, devrait déjà être considérablement améliorée dès le début de l’année prochaine.
Solutions temporaires
EDF a toutefois déployé des solutions provisoires. Une quinzaine de groupes électrogènes ont été installés, dans les quartiers et sur le site de Galisbay, mais connaissent eux aussi des défaillances périodiques. Une centrale temporaire est programmée afin de retrouver un équilibre de production en attendant la construction de la nouvelle unité. Elle nécessitera environ 18 mois de travaux, avec l’installation de moteurs plus modernes et plus fiables, et sa mise en service est prévue entre fin 2026 et début 2027. Quant au réseau de distribution, partiellement enfoui après Irma, il montre aujourd’hui des signes de vieillissement. Un premier plan de rénovation sur 4 ans est programmé pour sécuriser environ 300 sections jugées fragiles, mais son entretien s’inscrit dans la durée, car c’est un éternel recommencement.
Une crise durable
Outre le déficit de production, la crise actuelle est multifactorielle. Parmi les facteurs incriminés, la hausse continue de la demande en électricité, +7 % chaque année. Cette croissance n’est pas proportionnelle à celle de la population, mais résulte d’usages énergivores, indique EDF. La climatisation représente une part majeure. Les efforts sont demandés à la population, mais la question se pose quant à l’implication des professionnels, et par leur biais des touristes, mais aussi des commerçants et même de certaines institutions, qui en font un usage abusif.
Entre déficit de production, explosion de la consommation et attente de la signature de la PPE, la crise électrique est donc appelée à durer.
La faute à la PPE ou mauvais choix ?
EDF, l’État et la Collectivité se réunissent tous les quinze jours en cellule de crise, mais la véritable sortie dépend désormais d’une décision politique nationale : donner enfin le feu vert à la construction d’une nouvelle centrale, promise depuis des années. Manque d’anticipation ? Bien qu’un accord ait été trouvé en 2024 entre l’État, la Collectivité et les acteurs locaux, le dossier est toujours bloqué, et aujourd’hui dans l’attente de la signature de la PPE, sur la base d’une centrale fonctionnant à la biomasse liquide. Ce nouveau type d’énergie est plus coûteux que les énergies fossiles et la combustion tout aussi polluante. Elle nécessite par ailleurs un approvisionnement depuis l’Europe, pour répondre aux normes, et donc soumise à une mutualisation des bateaux avec la Guadeloupe, qui semble faire quelque peu marche arrière sur ce type d’énergie.
Le coût d’une telle centrale, ramené à la population du territoire, pourrait donc sembler trop onéreux. D’autant que Saint-Martin bénéficie de la péréquation, à savoir que l’énergie est facturée à moindre coût (même tarif hors taxes que dans l’hexagone) grâce à la solidarité nationale.
En attendant de trouver des solutions pérennes ou de voir émerger la nouvelle centrale, biomasse ou pas, c’est l’effort collectif de sobriété énergétique, en particulier en limitant l’usage excessif de la climatisation, qui permettra de patienter. Car, à Saint-Martin, chaque degré compte.