Ces dossiers qui n’avancent pas : l’abattoir
La production locale est au cœur de tous les discours, et souhaitée par toutes les instances. Mais qui dit production locale, notamment animale, dit nécessairement abattoir. Or, en seize ans celui-ci n’a eu des fonctions qu’épisodiques et est fermé depuis fin 2023. Sa réouverture avait été annoncée pour juin 2025. L’année s’est conclue sans ouverture mais avec cependant en cadeau de Noël, une subvention exceptionnelle de fonctionnement de plus de 330 000€ au titre de l’exercice 2025.
Achevé en 2009, opérationnel en 2015 seulement, détruit en 2017, rénové puis fermé en mars 2021, rouvert en octobre 2022, l’abattoir a été à nouveau fermé fin 2023, faute d’agrément. Il devait rouvrir en avril, puis en juin 2025… et l’ouverture a une nouvelle fois été reportée. L’abattoir est pourtant un outil indispensable pour les agriculteurs et l’avenir de la filière de la viande locale qui peine à voir véritablement le jour alors que les pouvoirs publics comptent sur celle-ci pour assurer une partie de l’autonomie alimentaire de l’île.
Depuis janvier 2021, l’abattoir est exploité par un Établissement Public Industriel et Commercial de la Collectivité. Initialement nommé EGEA (Établissement de Gestion et d’Exploitation de l’Abattoir) ; il a été renommé ELITE (Établissement pour l’Innovation et l’Agro-Transformation par l’Excellence) le 12 mars 2025. Malgré de premiers travaux de réhabilitation, l’agrément sanitaire provisoire accordé en 2022 n’avait pas été renouvelé, douze points de non-conformité ayant été relevés (procédures, formations, équipements, etc). L’abattoir devait donc être entièrement remis aux normes grâce à un plan de financement européen (582 000 € du Fonds européen d’orientation et de garantie agricole, 218 000 € de l’État, 100 000 € de la région Guadeloupe, 100 000 € du département Guadeloupe, 70 000 € de la Collectivité de Saint-Martin).
Quatorze mois de travaux étaient nécessaires pour également le faire monter en gamme. En février 2024 lors du salon de l’agriculture, Elie Touzé annonçait la réouverture de l’abattoir pour avril 2025.
Dans ce laps de temps, deux techniciens, requis pour l’obtention de l’agrément, ont intégré l’École Nationale Supérieure des Métiers de la Viande à Paris en mars 2024 pour une formation d’un an… et attendent toujours de prendre leur poste.
Où en sont les travaux ?
Selon le compte-rendu du conseil exécutif du 18 décembre, entre avril et mai 2025, plusieurs opérations de pré-réception ont été menées. « Il a été constaté que certains lots faisaient l’objet de réserves, impliquant des travaux complémentaires avant réception définitive par la Collectivité, maître d’ouvrage. Ce constat a conduit au report de la date de réouverture de l’abattoir et de l’atelier de découpe, initialement prévue en juin 2025, désormais envisagée pour avril 2026 sous réserve de la réception effective des bâtiments et de l’obtention de l’agrément sanitaire ».
Ces travaux se poursuivent avec le soutien des fonds européens agricoles. Le montant total de l’opération s’élève à 1,98 M€, dont 1,78 M€ financés par le FEADER (programmation 2014-2023) et 0,2 M€ par la Collectivité.
La subvention exceptionnelle de 330 282 € correspond au besoin résiduel de financement du budget 2025, après déduction de la subvention partielle de 33 548 € déjà versée.
Quelles aides pour les éleveurs ?
Depuis 2023, il a été demandé aux éleveurs de maintenir leur cheptel sur pied, dans l’attente de la réouverture de l’abattoir. Une aide avait été mise en place par la Collectivité en 2024, en anticipation de l’ouverture initialement prévue en avril 2025. Mais, ce dispositif couvre uniquement les dépenses directement liées à la détention du cheptel (alimentation, eau, etc.) et il n’y a pas de compensation pour la perte de revenus des éleveurs faute d’abattage des animaux. Calculée selon la norme UGB (unité gros bovin) établie à 1 500 € par tête et adaptée forfaitairement selon les races, cette aide leur sera versée sous condition : l’abattage devra s’effectuer à terme à l’abattoir… mais quand ?
Exception faite de 2025, le monde agricole local a également été soumis à de fortes périodes de sécheresse les années précédentes. Lors du conseil exécutif du 18 décembre dernier, la Collectivité a décidé de répartir une subvention de 14 542 € sur les quatre principales exploitations.