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Corinne Kaedzierski : la mer comme atelier

Par Sunita Mittal
9 Avril 2026

Dans notre série consacrée aux peintres de Saint-Martin‭, ‬Corinne Kaedzierski se distingue comme une artiste hors du commun‭. ‬Elle‭ ‬ne travaille ni dans un studio‭, ‬ni dans une galerie‭ : ‬elle peint sur l’eau‭, ‬portée par la lumière des Caraïbes et une liberté bien à elle‭.‬

Pour rencontrer Corinne Kaedzierski — ou CK comme elle aime signer ses œuvres — il faut quitter la terre ferme. Car c’est à bord du catamaran sur lequel elle vit qu’elle nous reçoit, dans un intérieur chaleureux où ses toiles occupent chaque recoin. Une vie construite loin des sentiers convenus, au gré des escales et des horizons marins, qui a fini par faire naître en elle une évidence : la peinture.

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L’école du pinceau

Rien ne prédestinait Corinne à la peinture — et c’est peut-être ce qui rend son parcours si attachant. Complètement autodidacte, elle se lance d’abord en peignant des animaux, les félins surtout, pour le simple plaisir d’expérimenter. « À la base, c’était pour m’amuser, mais surtout pour apprendre à dessiner », confie-t-elle. Elle tâtonne, observe, recommence — et progresse. Le confinement de 2020 change la donne : sans pouvoir travailler, elle décide de s’y consacrer avec plus de sérieux et de régularité. C’est à ce moment-là qu’elle explore sans complexe l’art abstrait, le pop art, les reproductions photographiques, et commence à glisser des matières inattendues dans ses compositions. L’acrylique s’impose naturellement comme son médium de prédilection — sa vivacité, sa rapidité de séchage correspondent bien à sa façon d’aborder les choses. Les retours du public arrivent assez vite, et sont chaleureux. « J’ai vite été encouragée par mon entourage mais également par de simples inconnus. » Des mots simples, mais qui l’inciteront à continuer dans cette voie.

Une artiste qui s’ignore encore

En 2024, Corinne amorce un nouveau tournant en se consacrant au portrait, principalement féminin, avec une sensibilité et une maîtrise qui surprennent le public. Les toiles accrochées à bord en témoignent : visages de femmes aux traits épurés, couleurs franches, fonds sombres traversés d’éclats dorés — une féminité puissante et silencieuse qui s’impose au regard. Pourtant peindre sur un bateau ajoute son lot de défis — l’espace réduit, le sel, l’instabilité — mais c’est précisément ce contexte singulier qui nourrit son élan. En 2025, sa première exposition à la Baie Orientale marque une étape importante, et après plusieurs ventes, ses toiles voyagent désormais aux États-Unis, aux Antilles, et en Europe. Une belle reconnaissance pour celle qui, pourtant, n’arrive pas encore tout à fait à se l’approprier. La question de la légitimité reste entière : sans formation officielle, Corinne hésite à revendiquer ce qu’elle fait, même quand le public, lui, ne s’y trompe pas. « Je ne me considère pas vraiment encore comme une artiste », confie-t-elle timidement. Une future exposition, plus ambitieuse, figure malgré tout déjà dans ses projets. Une trajectoire et des rêves, aussi atypiques que sincères, portés par une femme qui continue, toile après toile, de s’inventer. 

Sunita Mittal