Un mémorial pour inverser la honte
C’était une promesse du président de la République faite lors du 170e anniversaire de la signature du décret de l’abolition de l’esclavage le 27 avril 2018. Jeudi dernier, le projet de Mémorial National des Victimes de l’Esclavage était présenté officiellement au ministre des Outre-mer. Il est le fruit de trente années de recherches, qui se concrétisent également par un ouvrage recensant les noms des 315 000 esclaves affranchis en 1848.
Les plans du futur Mémorial, dont l’inauguration est prévue début 2027, ont été présentés au ministère des Outre-mer. Il s’agira d’un jardin de 4000 m2 imaginé par le paysagiste Michel Desvignes et l’architecte Philippe Prost. Implanté au Trocadéro à Paris, face à la Tour Eiffel, il sera constitué, entre autres, d’un chemin retraçant l’histoire de l’esclavage et son abolition, d’un parcours où seront inscrits les noms et prénoms des esclaves affranchis et, en son centre, d’une île des esclaves sans nom. Les victimes de l’esclavage, entre 1635 et 1848, dont les noms restent inconnus sont estimées à environ quatre millions.
Pour que n’importe quel Antillais puisse retrouver son aïeul
Ce mémorial est la concrétisation des combats menés par le CM98 (Comité Marche du 23 mai 1998), fondé par Serge Romana. Ce Guadeloupéen, professeur en médecine (il est chef du service de médecine génomique des maladies rares de l’enfant à l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris) a consacré avec ses équipes, 30 ans de sa vie à ce projet un peu fou. Trente années au cours desquelles, une centaine de bénévoles ont patiemment épluché les archives et les registres qui ont traversé les âges pour « que n’importe quel Antillais puisse retrouver son aïeul ». Grâce à ce travail de fourmis, ils ont pu recueillir 315 000 noms qui sont recensés dans un ouvrage, « le livre des noms ». Et pour une fois, Saint-Martin n’a pas été oubliée ou noyée dans les données guadeloupéennes et figure en bonne place sur la couverture du livre qui recense ces esclaves affranchis en 1848.
Serge Romana n’entend pas s’arrêter là et espère, dans une suite logique, pouvoir créer un outil numérique qui permettrait à chacun de retrouver l’histoire de ses ancêtres et en apprendre un peu plus sur leur quotidien si difficile.