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De Saint-Martin à Séoul : le rêve devenu roman

Par Sunita Mittal
1 Décembre 2025

Sous les flamboyants de Marigot, une adolescente rêvait autrefois de cerisiers en fleurs et de sabres japonais. Vingt ans plus tard, Salomé Han signe chez Albin Michel Imaginaire le roman qu’elle portait en elle depuis l’enfance.

Un parcours singulier qui a conduit Salomé jusqu’en Corée, des planches de manga aux plateaux de tournage, puis finalement aux pages de son propre roman. Car c’est depuis Séoul, à des milliers de kilomètres de son île natale, que cette autrice vient de réaliser le rêve qu’elle chérissait depuis petite : raconter ses propres histoires.

Quand les mangas ouvrent la voie

L’histoire commence à la librairie des Isles, où une jeune fille de Concordia se réfugie dans les mangas avec ses amis. Entre le collège, Marigot où elle est née en 1989 et Oyster Pond où vit sa mère, Salomé Han construit son univers intérieur. Le Japon médiéval la fascine. «Les mangas étaient pour nous une safe place qui nous permettait de rêver à un pays lointain», se souvient-elle. Cette fascination pour la culture japonaise l’accompagnera tout au long de son parcours. Après un bac option audiovisuel en métropole, elle poursuit des études de cinéma à Paris. Les story-boards et dialogues résonnent alors avec les planches de manga qui l’ont nourrie enfant. C’est lors de ses études que la Corée du Sud entre dans sa vie. «Au cours de mon tout premier voyage en 2007, j’ai compris que je ne serais plus la même.» Grâce à de multiples séjours et des cours de langue, elle intègre finalement la prestigieuse KAFA (Korean Academy of Film Arts), école du réalisateur Bong Joon-ho. «Très hiérarchisée, ça a été dur. J’ai appris à dépasser mes limites», confie-t-elle. Diplômée en 2017, elle travaille ensuite dans l’audiovisuel coréen comme scénariste, monteuse et vidéaste. Puis la pandémie frappe. Dans le silence des projets suspendus, elle retrouve ses manuscrits et se souvient: avant le cinéma elle aimait simplement écrire des histoires. Elle se forme seule, envoie son roman : Albin Michel dit oui.

Le Sabre de Neige, un hommage à tous ses rêves

En janvier 2025, «Le Sabre de Neige» paraît. C’est le roman qu’elle aurait voulu écrire adolescente, nourri de tout ce qui l’a construite : les mangas, le kendo, les histoires de samouraïs. Dans un Japon médiéval imaginaire où la Voie du Sabre est magique et sacrée, Isao part en quête du sabre volé à son maître, traversant quatre saisons épiques. Le succès surprend : les ventes sont bonnes, le lectorat varié, hommes et femmes de tous âges découvrent cet univers avec passion. À Montpellier, lors de la Comédie du Livre, des amies d’enfance la retrouvent : l’émotion est forte. Car malgré 17 ans d’absence, Saint-Martin pulse en elle à chaque instant. «J’ai cette île plantée dans le cœur. Grandir là-bas m’a permis de me questionner sur l’Histoire et les différences», confie-t-elle. «Alors pourquoi avoir choisi la fantasy japonaise ? Sans doute car j’ai encore du mal à parler des choses qui me sont trop proches. Peut-être que j’écrirai un jour sur Saint-Martin !» En attendant ce jour, depuis Séoul où elle prépare déjà les tomes 2 et 3 pour 2026 et 2027, son message aux jeunes Saint-Martinois résonne comme une promesse : «Écrivez vos propres histoires, elles ont de la valeur. Le monde a besoin de vos voix.» «Le Sabre de Neige» est disponible en précommande à la Librairie des Isles à Concordia.       

Sunita Mittal